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  Zidane, un portrait du XXIe siècle

Le hasard a voulu que le match d’adieu de Zidane au Real Madrid, disputé le 7 mai 2006 sur la pelouse du stade Santiago-Bernabeu, l’ait été face à l’équipe de Villarreal avec, à la clef, un but de la tête de Zidane acclamé par la foule des supporters madrilènes. C’est une rencontre de championnat disputée face à cette même équipe, le 23 avril 2005, qui a été le théâtre d’un filmage inhabituel. Ce jour-là et en une seule prise, quinze caméras 35 mm n’avaient d’yeux que pour Zinedine Zidane. Le clou tenait en outre à l’utilisation de deux autres caméras haute définition équipées d’un zoom aux performances jamais atteintes, capable de prendre de très gros plans. Développées par Panavision pour la NASA et classées "top secret" par l’armée américaine, ces superloupes, dont on dit que c’est la première fois qu’elles servaient à un usage autre que militaire, offrent un zoom surpuissant, susceptible d’être monté sur des caméras numériques et capable de passer du grand-angle à une focale très longue (supérieure à 2000 mm), avec notamment suivi du point sur toute la course du zoom et contrôle de l’effet de pompage optique aux courtes focales.

Mais Zidane, un portrait du 21è siècle n’est pas, faut-il le rappeler, une captation habituelle d’un match avec effets de superloupe, retours et ralentis sur les meilleures actions. Imaginé et réalisé par deux artistes contemporains, l’Ecossais Douglas Gordon et le Français Philippe Parreno, le film fait le pari de nous faire vivre un match "au plus près" de cet artiste du ballon rond qu’est Zidane. Car l’une des singularités - et pas la moindre - de l’entreprise est de montrer tout ce que les caméras de télévision ne filment pas lorsqu’elles pointent leurs objectifs sur l’évolution du ballon. Parti du principe, comme le confie le joueur, qu’on ne conserve pas le souvenir d’un match en temps réel mais seulement sous la forme de fragments, le film se concentre sur le "performer" Zizou dans ses actions, ses déplacements, ses appels, ses longues périodes d’attente, sa présence ; un dispositif qui laisse, pour l’essentiel, dans l’ombre ses célèbres coéquipiers du Real Madrid.

S’il y a bien quelques gros et très gros plans saisissants de Zidane ou des tribunes saisies au grand angle, jusqu’au bout de cette rencontre jouée en nocturne et à domicile par le Real, le nombre de caméras, leurs positions, les focales permises, si elles multiplient les possibles, ne se départissent jamais de cette approche attachée aux évolutions sur le terrain de Zizou et de lui seul. Le son n’est pas en reste qui nous accompagne dans cette plongée en apnée avec parfois la voix d’un commentateur TV en espagnol, la présence et les clameurs des supporters madrilènes, le son des frappes de balles, des contacts entre joueurs, mais aussi en isolant des paliers et en nous introduisant dans la respiration et la "solitude" du footballeur pendant un match. La musique de Mogwai enfin, une formation rock de Glasgow qui s’est imposée dans une veine instrumentale aux accords hypnotiques, colle plutôt bien à cette ambiance et ajoute des accents épiques à l’entreprise.

L’une des rares respirations de Zidane, un portrait du XXIè siècle tient à la mi-temps qui permet aux réalisateurs de dater l’expérience en retenant dans l’actualité de cette journée du 23 avril 2005 des éclats d’informations sur une lecture marathon du Don Quichotte de Cervantès, dont c’était le 400è anniversaire, le retour du petit Elian à Cuba, les inondations de Serbie-Monténégro, un attentat meurtrier en Irak, la fin du sommet Asie-Afrique à Djakarta ou une marionnette de Bob Marley sur une plage du Brésil.

En sélection officielle à Cannes, hors compétition, Zidane, un portrait du XXIè siècle a été projeté à la veille de sa sortie en salles. Le film est réalisé par Douglas Gordon et Philippe Parreno qui confient avoir "joué au foot bien avant de voir une exposition". Pour avoir songé depuis longtemps à aborder les 90 minutes d’un match sous une forme neuve, une performance avec les moyens du cinéma, les deux artistes ont imaginé ce dispositif pour nous faire entrer de plain-pied dans l’indicible d’un match de Zidane. Né en 1964 à Oran, Philippe Parreno, qui vit et travaille à Paris, a déjà produit des œuvres nourries de l’univers du cinéma et de la télévision. Né en 1966 à Glasgow en Écosse, où il vit et travaille, Douglas Gordon travaille pour sa part sur l’image, le langage et la mémoire visuelle, au moyen notamment de la vidéo et de la photographie.

Zidane, un portrait du XXIè siècle fait appel a une kyrielle de techniciens de haut vol. Chef opérateur de renommée internationale, en particulier depuis Seven de David Fincher en 1995, Darius Khondji a collaboré à une vingtaine de longs métrages de Delicatessen (1991) de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro à The Interpreter (L’Interprète, 2005) de Sidney Pollack. Au générique de plus de 80 films depuis vingt ans, dont King Kong (2005) de Peter Jackson, Harry Potter and the Goblet of Fire (Harry Potter et la coupe de feu, 2005) de Mike Newell, Charlie and the Chocolate Factory de Tim Burton (Charlie et la chocolaterie, 2005) ou encore Million Dollar Baby (2004) de Clint Eastwood, Tom Johnson a eu en charge de créer, mixer et de superviser l’univers sonore du film.
Monteur primé pour de nombreux films et publicités, César du meilleur montage en 1992 pour Delicatessen, nominé en 2002 pour Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, Hervé Schneid a notamment travaillé sur Europa de Lars von Trier, prix du Jury à Cannes en 1991, The Browning Version de Mike Figgis et plus récemment sur Alien 4, la Résurrection de Jean-Pierre Jeunet.

Pour mémoire, durant ce match qui s’est conclu par la victoire du Real Madrid par 2 à 1, Zizou a été à l’origine d’un but offert à Ronaldo. Auteur de gestes techniques inspirés, il s’est également distingué à la 96e minute en écopant d’un... carton rouge pour avoir giflé un défenseur de Villarreal, coupable d’un geste malencontreux sur Raul. Le film se termine avec la sortie de Zidane et ces mots du joueur : "Quand j’arrêterai, le vert du terrain me manquera". (Photo Zidane, un portrait du XXIe siècle)





- 18 mars 2017, Rétrospective Darius Khondji, Paris / Cinémathèque française / Salle Henri-Langlois
- 23 October - 29 November 2009, "Zidane : A 21st Century Portrait", A Video-Installation/Film by Douglas Gordon and Philippe Parreno • Works by Pawel Althamer, Kader Attia, Paul Raven and Andy Warhol, Warsaw / Zacheta - National Gallery of Art

- 24 de abril - 28 de junho de 2009, "Entre-temps" : Une décennie d’art français dans les collections vidéo du Musée d’art moderne de la ville de Paris, São Paulo / Museu da Imagem e do Som (MIS)
- 4 avril 2007, (Ouverture), 2e Festival Doc à Tunis, organisé par l’Association Ness El Fen, Colisée
- 24 January - 4 February 2007, 36th Rotterdam International Film Festival

- 16 - 26 novembre 2006, Stockholm International Film Festival
- 21 setembro - 5 outubro 2006, Festival do Rio - Rio de Janeiro International Film Festival
- September 7-16, 2006, Toronto International Film Festival
- 17 - 28 mai 2006, Hors Compétition, 59e Festival international du Film de Cannes


- Rediff. TV : 7 janvier 2013 à 20h45, 12/01 à 14h, 20/01 à 20h45, 24/01 à 20h45, 5 février à 20h45 sur L’Équipe 21
- 26 juillet à 12h45, 29/07 à 11h50, 30/07 à 6h55, 1er août à 15h05, 2/08 à 7h50, 6/08 à 8h35, 8/08 à 14h40 Cinecinema Premier
- 14 juillet 2007 à 22h10 sur Canal Plus - "Nuit Zidane"



Zidane, un portrait du XXIe siècle (Zidane : A 21st Century Portrait | Un retrato del siglo XXI | Un ritratto del XXI secolo / Portret XXI wieku)
Un film de Douglas Gordon et Philippe Parreno
(90 min., Fr, 2005)
Directeur de la photographie : Darius Khondji
Mixage et design sonore : Tom Johnson
Montage : Hervé Schneid
Musique : Mogwai
- Sortie en salles : 24 mai 2006

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