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  Olivier Py

Dernière pièce à l’affiche sous son mandat à l’Odéon, dans une mise en scène de l’auteur, Die Sonne (Le Soleil) d’Olivier Py a été donnée en allemand avec les acteurs de la Volksbühne (tandis que Frank Castorf était censé venir à l’Odéon travailler avec des interprètes français). La pièce met en scène une troupe de théâtre qui entre en effervescence avec l’arrivée d’Axel, un étrange inconnu qui irradie et va cristalliser jusqu’à l’incandescence les désirs de la troupe. Dans ce nouvel hommage d’Olivier Py au théâtre et aux acteurs, le voyage exalté du héros "le conduit des cimes aux bas-fonds, de l’inspiration au silence - comme si la vie, à son comble, n’était qu’un incendie suivi de cendres". Questionnant le mystère de notre présence au monde et le rôle du théâtre, l’auteur se demande "comment survivre et vivre encore une fois après le passage d’un tel témoin ?". Comment trouver l’énergie de continuer à vivre et danser sur le malheur et la solitude de l’homme, le temps d’une représentation où nous sommes rendus à nous-mêmes et où il peut y avoir comme la vérité d’une guérison momentanée qui redonne simplement l’élan vital ?

Autre dernière donnée le 12 mars, avec une longue standing ovation, celle de Miss Knife, un spectacle en compagnie de musiciens où, avec hauts talons, bas noirs, porte-jarretelles, robe en lamé, strass, paillettes et perruque blonde, Olivier Py chante ses ballades et la quête d’un amour impossible, revisitant au passage les cabarets du Berlin des années 30. Miss Knife chante Olivier Py était ensuite en tournée, à partir du 18 octobre à l’Athénée à Paris.

Lors de notre rencontre avec Olivier Py, à l’issue d’une représentation de Prométhée enchaîné adapté d’Eschyle (fev. 2012), il nous est revenu une réflexion de Kateb Yacine. Interrogé en 1958 à propos de son Cadavre encerclé, Kateb estimait que la poésie devait rivaliser "de toute la mesure de sa force avec les contraintes des autres verbes, des pouvoirs d’expression qui pèsent sur l’homme et qui viennent des pouvoirs religieux, de terribles persécutions qui remontent à la nuit des temps et où la poésie a un pouvoir libérateur, un pouvoir de combat très important. C’est là qu’est venue [...] s’inscrire la question du public et c’est là que se fait la transition avec le théâtre". Voilà résumée toute la force du théâtre d’Eschyle, un théâtre du verbe incarné cher à Olivier Py. Et c’est ce que nous donne à voir son Prométhée enchaîné tiré du premier poète dramatique "dont on ait rejoué les pièces", l’aîné des trois grands tragiques athéniens.

Sur une scène qui sépare et reproduit de part et d’autre, en miroir, les gradins sur lesquels se font face spectateurs et acteurs, avec (seulement) trois comédiens et une scénographie dépouillée, la pièce est portée par une interprétation pleine de vigueur et d’éclats qui donne à voir un Prométhée déchu, sévèrement puni par Zeus pour avoir dérobé et donné aux hommes le "feu sacré". Dans cette confrontation tumultueuse entre le Titan Prométhée et le roi des dieux de l’Olympe, autour du symbole du feu comme métaphore de la connaissance, des arts et de la parole, qui permet de dire et transcender la condition de l’homme, Olivier Py voit une "leçon d’insurrection" contre la tyrannie et lui dessine des prolongements contemporains où s’invitent les révoltes dans les pays arabes. L’effet est d’autant plus saisissant que le texte, écrit il y a 2500 ans, donne à entendre que "les peuples d’Arabie aiguisent leurs couteaux" ! "Même écrasée, résume Daniel Loayza dans la présentation du spectacle, la révolte face aux tyrans "laisse une trace, un écho -une attente qui est son héritage. Une parole".

Metteur en scène et interprète du rôle titre, Olivier Py a aussi adapté le texte en français. Il s’est en outre résolu à lui ajouter un épilogue pour faire écho aux deux volets disparus de la trilogie, Prométhée délivré et Prométhée porte-feu, qui laissent entrevoir un apaisement dans la confrontation entre le Titan et Zeus et forment, pour les humains, une lueur d’espoir dans leur lutte pour s’élever au dessus de leur condition.
A la suite de L’Orestie (2008) et de la trilogie constituée des Sept contre Thèbes, des Suppliantes et des Perses (2011), Prométhée enchaîné clôt un cycle consacré à Eschyle qui a servi de fil rouge à la production d’Olivier Py à l’Odéon. Remplacé à la direction de cette scène prestigieuse qu’il quitte en mars, il prendra les rênes du Festival d’Avignon en septembre 2013.

Né en 1965 à Grasse au sein d’une famille revenue d’Algérie trois ans auparavant, élève de l’ENSATT puis du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Olivier Py a également étudié la théologie à l’Institut catholique. En 1988, il fonde sa propre compagnie, "L’Inconvénient des boutures", et met en scène ses textes.
Auteur, metteur en scène et acteur prolifique, au style baroque et aux choix parfois discutés par la critique, nommé en 1998 à la tête du Centre dramatique national d’Orléans, il y crée Requiem pour Srebrenica suivi en 2003 du Soulier de satin de Paul Claudel en version intégrale, pièce qu’il reprendra en 2009 à l’Odéon. Auteur d’une quinzaine de pièces, traducteur d’Eschyle, il a signé une cinquantaine de mises en scène de théâtre et une vingtaine d’opéras. Comédien pour le cinéma et la télévision, il a aussi réalisé Les Yeux fermés (2000) et plus récemment Méditerranées (2011).
Son théâtre a été traduit en anglais, italien, allemand, slovène, espagnol, roumain et grec.

Interrogé sur le rôle du théâtre dans les débats qui agitent le monde et sur sa préférence pour la notion de "théâtre populaire" plutôt que de "théâtre citoyen", il répondait : "On ne peut pas demander au théâtre de résoudre la fracture sociale ou de réparer la couche d’ozone. En revanche, on peut faire ce que j’appellerais un théâtre de l’inquiétude, ou de l’impatience. Un théâtre qui se soucie du monde avec ses propres armes : l’actualité, c’est le vent dans les yeux d’Homère. Qu’on monte Arne Lygre ou Eschyle, on ne s’adresse pas qu’au citoyen, on s’adresse au mortel. [...] Ce mortel qui peut réfléchir sur les institutions démocratiques ou la place de l’étranger dans la société doit aussi méditer sur sa propre caducité, sur la vanité du pouvoir, sur des choses qui dépassent les faits de société. (Le Monde, 3 mai 2007) (Photo 1 : Miss Knife chante Olivier Py © Laurent Fonteray | Photo 2 : Cécile Chéenne et Olivier Py © Alain Fonteray)



Vidéo > Die Sonne (Le Soleil) d’Olivier Py, m. en sc. de l’auteur, (Extrait, 3’15, Berlin / Volksbühne am Rosa-Luxembourg-Platz, 2011)

Vidéo > Miss Knife chante Olivier Py (3’, Odéon, 2012)

Vidéo > Roméo et Juliette de Charles Gounod (2’31, m. en sc. : Olivier Py, dir. mus. : Marc Minkowski, Amsterdam, 2010)


Vidéo > Lulu d’Alban Berg (1’49, Lulu : Patricia Petibon (soprano), m. en sc. : Olivier Py, dir. mus. : Michael Boder, Barcelona, 2010)


Vidéo > Le Soulier de satin de Paul Claudel > Bande Annonce (2’03, m. en sc. : Olivier Py, Paris, 2009)


Vidéo > L’Orestie d’Eschyle > Bande Annonce (2’51, adaptation et m. en sc. : Olivier Py, Paris, 2008)


Vidéo > Chansons du Cabaret perdu d’Olivier Py (1’51, Textes chantés par Eleonor Brigantti, Paris, 2006)


- 7 - 14 mars 2012, Paris / Odéon-Théâtre de l’Europe
- 17 novembre 2011, Création, Berlin / Volksbühne am Rosa-Luxembourg-Platz

Die Sonne (Le Soleil) d’Olivier Py
(Arles, Actes Sud-Papier, 2011)
Avec Sebastian König (Axel), Lucas Prisor (Josef), Mandy Rudski (Santa), Ingo Raabe (Matthias), Uli Kirsc (Charlie), Ilse Ritter (Elena), Uwe Preuss (le Directeur du théâtre), Claudius von Stolzmann (Bobby)
Traduction de Leopold von Verschuer
Scénographie : Pierre-André Weitz
Dramaturgie : Maurici Farré


- 15, 16, 18, 19 juillet 2013, Festival d’Avignon off / La Manufacture
- 12 avril 2013, Florange / La Passerelle
- 21 décembre 2012, Toulon / Théâtre Liberté
- 14 décembre 2012, Théâtre d’Orléans
- 28 novembre 2012, Théâtre de Vienne
- 14 - 17 novembre 2012, Bruxelles / Théâtre national
- 18 - 27 octobre 2012, Paris / Athénée
- 12 mars 2012, Soirée exceptionnelle, Paris / Odéon-Théâtre de l’Europe

Miss Knife chante Olivier Py
Avec Olivier Py (chant), Julien Jolly (batterie), Olivier Bernard (saxophone, flûte), Stéphane Leach (piano), Sébastien Maire (contrebasse)
Textes : Olivier Py
Musiques : Stéphane Leach
Costumes : Pierre-André Weitz
Lumières : Bertrand Killy
- CD Les Ballades de Miss Knife (Actes Sud, 2002)


- 14 - 19 février 2012, Paris / Odéon-Théâtre de l’Europe / Ateliers Berthier, 1, rue André Suarès / 14 boulevard Berthier, Paris 17e, Tel. : 01 44 85 40 40


- Prométhée enchaîné d’Eschyle
Texte français, adaptation et mise en scène d’Olivier Py
Avec Céline Chéenne, Xavier Gallais, Olivier Py
Décor & costumes : Pierre-André Weitz


La Trilogie de la guerre (Les Sept contre Thèbes, Les Suppliantes, Les Perses) suivie de Prométhée enchaîné d’Eschyle
Texte français d’Olivier Py
(Actes Sud-Papier, 2012)

Lire aussi
Méditerranées d’Olivier Py
L’Exaltation du labyrinthe


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