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  Méditerranées d’Olivier Py

En 1961 en Algérie, les parents d’Olivier Py acquièrent une caméra 8 mm muette. Jusqu’au début des années 70, la famille l’utilise et les bobines de film inversible Kodachrome s’empilent. Quatre décennies plus tard, Olivier Py décide de les exhumer. En visionnant les cinq ou six heures de rushes avec le souci de les faire parler, de se confronter au souvenir qu’il en a conservé, d’observer les attitudes et les partis pris, affichés ou non, des parents qui ont filmé et de ceux qui sont filmés, le réalisateur en a vite conclu qu’il y avait là, "en creux, un récit historique", après quoi il dit avoir "arrêté de le regarder comme un film de famille".

Méditerranées s’ouvre sur de jeunes gens insouciants qui vivent leur jeunesse, prennent le soleil et se réunissent autour d’un barbecue, à l’heure où le pays connaît les derniers soubresauts de l’Algérie française. Les images, aux teintes passées, sont nimbées d’un halo d’irréalité et la voix off d’Olivier Py ne peut que prendre acte de ces "émois de l’amour devant le bruit de l’histoire". L’absence de sons d’ambiances renforce un sentiment de plongée en apnée dans les souvenirs et l’on se surprend à scruter les visages pour tenter d’apercevoir une onde de trouble, une expression de gravité sur la réalité d’une guerre qui fut, jusqu’au bout, particulièrement meurtrière. Une guerre "hors champ" qui s’invite toutefois dans un plan où l’on voit le passager d’une voiture marteler quelque chose sur le toit du véhicule. On devine, au rythme des battements, qu’il scande "Al-gé-rie fran-çaise".

Début 1962, les parents de Py quittent précipitamment l’Oranie, où la famille était établie depuis plusieurs générations, pour le sud de la France. Dans cette nouvelle vie, où le soleil ne se couche plus du même côté, la caméra s’attarde sur la famille dont on apprend qu’elle est constituée "à la fois d’immigrés italiens et espagnols". La voix off nous rappelle aussi qu’en plus de la blessure à vif du départ d’Algérie, "les parents ont beaucoup souffert de l’accueil de la métropole, ils se sont sentis comme des parias".

Le montage de Méditerranées a réservé quelques surprises au réalisateur, notamment au sujet d’un grand père qui est resté en Algérie jusqu’en 1965 et dont il apprend que "c’est le décès de sa femme qui l’a fait rentrer. Sinon il serait mort en Algérie. C’était son pays et il n’était pas question qu’il le quitte". Une autre surprise vient d’une bobine de film jamais vue auparavant parce que le père ne l’avait jamais montrée. On le voit, amaigri et désorienté, pendant son service militaire dans le sud de la France où il est affecté à la surveillance d’un camp de transit qui accueille des harkis. Il s’agit du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise dans le Gard, un camp fait pour 300 personne alors qu’il y en avait 1000, "dans des situations de maladies, de souffrances et de froid très grand cette année-là. Et puis la guerre a été transportée dans ce camp et donc ce mythe qu’il [le père] avait échappé à la guerre d’Algérie, parce qu’il était trop jeune, à un an près, il a eu dix-huit ans en 1962, eh bien tout ça il l’a pris de plein fouet et de manière douloureuse".

Olivier Py naîtra en 1965 à Grasse où la famille vient de s’établir. Les dernières images du film datent de la fin des années 60 où l’on voit l’écolier Py faire ses tout premiers pas sur scène, lors d’un spectacle de fin d’année.

Au fil des images, des souvenirs et des stations de l’histoire familiale, avec "une voix off qui aide à voir ce que dans les images on ne voit pas", le film devient réflexion intime et interrogation mélancolique sur les rivages d’une mémoire méditerranéenne voyageuse et troublée. On pense à Camus, sur la Méditerranée, lorsque ce dernier écrit, "la jeunesse du monde se trouve toujours autour des mêmes rivages", Camus qui prend soin d’ajouter, "nous autres Méditerranéens vivons toujours de la même lumière".

"Nous sommes tous des enfants de la même mer", estime pour sa part Olivier Py dans l’entretien qu’il nous a accordé. Évoquant sa nomination à la tête du Festival d’Avignon, il fait remarquer qu’"Avignon, sans être la Méditerranée, c’est déjà l’Italie, l’Espagne et la France, c’est-à-dire que c’est la Méditerranée d’avant les clivages nationaux". Comme dans l’épilogue de son film, il parle de la Méditerranée comme d’un espace plus vieux que les nations qui l’entourent, autour duquel quelque chose comme un partage culturel s’est effectué, qu’il faut savoir entendre "comme le berceau des civilisations, comme une identité, une intuition, un comment vivre".
"Nous avons une histoire en commun, poursuit Py, mais aussi un avenir. Et c’est ce monde de la Méditerranée qui aujourd’hui me semble une vraie, une magnifique utopie". (Photogramme, in Méditerranées d’Olivier Py, 2011)



- Rediff. TV : 19 mars 2016 à 2 h 25 sur Arte
- 20 décembre 2014 à 1 h 15, 21/12 à 5h50 sur Arte
- 1re diff. TV : 19 novembre 2011 à 1h55, 25/11 à 0h55, 22/11 à 14h05, 26/11 à 22h30 sur Canal+ Cinéma, 25/11 à 9h50, 2 décembre à 15h40 sur Canal +


- 7 septembre 2013, 1958 de Ghassan Salhab • Méditerranées d’Olivier Py, Marseille / Musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée (MuCEM)
- 29 novembre - 1er décembre 2012, Regard indépendant : 14e Rencontres cinéma et vidéo à Nice
- 16 novembre 2012, séance d’ouverture, Paris / "Belleville en vues" / Cinéma Le Nouveau Latina, 20, rue du Temple, Paris 4e
- 15 - 18 novembre 2012, "Court c’est court !", Cabrières d’Avignon / 19e Rencontres autour du court métrage, 84220 Cabrières d’Avignon
- 7, 9 et 11 novembre 2012, Film Socialisme de Jean-Luc Godard (2010), précédé de Méditerranées d’Olivier Py, Nantes / Le Cinématographe, 12 bis, rue des Carmélites, 44000 Nantes
- 23 - 28 octobre 2012, Compétition, 12e Festival du court métrage de Nice
- 1er octobre 2012, Engagements et déchirements. Les Intellectuels et la guerre d’Algérie : Rencontre "Là-bas, l’Algérie", Projections de Rester là-bas (1992), Ici là-bas (1988) de Dominique Cabrera et de Méditerranées d’Olivier Py, suivies d’une rencontre, animée par Albert Dichy, avec les réalisateurs, Hérouville St Clair / Cinéma le Café des Images, 4, square du Théâtre, 14200 Hérouville-St-Clair
- 31 mai - 4 juin 2012, 17e Festival international de Contis
- 27 avril - 6 mai 2012, compétition internationale, 15th Brussels Short Film Festival
- 28 March - 1st April 2012, Bucarest / 6th Next International Film Festival
- 22 mars - 3 avril 2012, 28e Semaine du cinéma méditerranéen de Lunel, Renseignements : 04 67 83 39 59
- 30 - 31 mars 2012, en compétition, Lanton / Festival Les Toiles de mer
- 27 mars 2012, "Films courts #5 - Retours de Clermont", Méditerranées d’Olivier Py, La tête froide de Nicolas Mesdom et La Dérive de Matthieu Salmon, Le Blanc-Mesnil / Cinéma Louis-Daquin, 76, rue Victor Hugo, 93150 Le Blanc-Mesnil, Renseignements : 01 48 65 52 35
- 23 mars 2012, "Courts métrages", Besançon / Théâtre de l’espace / Kursaal, place Granvelle, 25000 Besançon
- 7 - 24 mars 2012, Toulouse / Traverse Vidéo
- 13 février 2012, "Soirée Algérie(s)", Paris / Odéon-Théâtre de l’Europe
> Projection suivie du spectacle Le Contraire de l’amour, d’après le Journal (1955-1962) de Mouloud Feraoun, m. en sc. de Dominique Lurcel
- 27 janvier - 4 février 2012, En compétition, 34e Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand
- 24 janvier 2012, "La guerre d’Algérie, images et représentations", Paris / Forum des Images
- 21 - 29 octobre 2011, 33e Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier



Méditerranées ("Es war einmal am Mittelmeer")
un film d’Olivier Py
(32 min., Fr, 2011)

- Grand Prix du Festival du Court-Métrage de Nice 2012
- NexT 2012 Trophy à Bucarest
Scénario : Olivier Py
Montage : Lise Beaulieu
Son : Jean-Noël Yven
Production : Sombrero/Les Films du Dimanche
- DVD (Pelleas, 2013)
Sortie : 16 octobre

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Olivier Py


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