Algeriades > 2008 > Louis Aragon

  Le Fou d’Elsa de Louis Aragon

Tout a commencé, avec Le Fou d’Elsa, par une faute de français : Aragon lit "La veille où Grenade fut prise" là où il eût fallu écrire "La veille du jour où Grenade fut prise". Cette contraction du vers va inspirer à Aragon "son œuvre la plus monumentale et la plus intime".
Grenade, 1492. Après dix ans de siège, la citadelle andalouse tombe. Plus qu’un "chancellement, une bascule, un schisme, Anne Torrès et Marc Dondey qui ont porté le texte à la scène en 2005 y voient "un divorce, un tournant majeur de l’Histoire, un pont définitivement brisé entre l’Orient et l’Occident". Récit de cet effondrement, Le Fou d’Elsa conte en même temps une histoire d’amour impossible.

De tous temps "habité par le jinn de la poésie", Louis Aragon (1897-1982) compose Le Fou d’Elsa en pleine guerre d’Algérie. Comme pour mieux se dégager du vertige de l’histoire, il "remonte à la source des faits et de la légende, avant l’Islam même, dans les déserts d’Arabie où naît la poésie". L’amour naît du malheur absolu. "Entrelacée dans la chute d’un royaume, Aragon mêle la légende de Kaïs et Leïla", ce "Roméo et Juliette" du Nejd avec un Qaïs appelé aussi Mejnoun, c’est-à-dire fou en arabe.

"Récit, théâtre, poème, méditation sur l’histoire, sur l’amour et sur la défaite, notaient Anne Torrès et Marc Dondey, Le Fou d’Elsa est tout cela, une stèle, un monument, un aveu, et une autre chose encore, qui emporte toutes les autres : un hommage sans équivalent dans la littérature moderne à la richesse et à l’éclat de la civilisation arabe".

De ce "poème immense", de cette "broderie polychrome", la metteure en scène et le dramaturge disent encore avoir choisi "sept personnages, sept acteurs : Boabdil, Emir al-Moslimin, Hamlet des brumes du Sud ; le Wazir Aboû’l-Kassîm Abd al-Malik, champion du retournement des vestes ; Aïcha la reine-mère, la mère-amante ; Zahra, Charifa et Zaïdé, les trois gazelles, jeunes femmes du harem, aimées de Boabdil ; Zaïd, adolescent, scribe génial et polyglotte, ombre du poète. Ils incarnent tour à tour Christophe Colomb, le Cid Campéador et la reine de Saba, Ibn-Sîna et Ibn Rochd (chez nous Avicennes et Averroès à qui l’on doit Platon et Aristote), un fakîr, un espion, un fornicateur, un juge, un montreur de ballet..."

Artiste associé de l’édition 2008 du "Marathon des Mots" à Toulouse, Daniel Mesguich a donné lecture du Fou d’Elsa de Louis Aragon, le 15 juin.



- 15 juin 2008, Daniel Mesguich lit Le Fou d’Elsa de Louis Aragon, Toulouse / Le Marathon des Mots

- 29 janvier - 20 février 2005, Théâtre national de la Colline, Paris 20è



Le Fou d’Elsa de Louis Aragon
Mise en scène, décor et costumes d’Anne Torrès
Dramaturgie et montage de Marc Dondey
Avec Philippe Crubézy, Vincent Dissez, Odja Llorca, Lucas Anglarès, Maï David, Vincent Macaigne


- Le Fou d’Elsa de Louis Aragon (Paris, Gallimard, 1963 ; Dernière réédition, Gallimard-Poésie, 2002)
- Oeuvres poétiques complètes, 2 vol. (Paris, Gallimard-Coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2007)

Lire aussi


Home | © algeriades 2000 - | Contact | |
Aucune reproduction, même partielle, autre que celles prévues à l'article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite de ce site sans l'autorisation préalable de l'éditeur.