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  Sons et rythmes d’Afrique

Le Festival culturel panafricain de juillet 1969 à Alger s’était déjà illustré de manière pionnière en donnant à découvrir des croisements et des métissages musicaux singulièrement audacieux pour leur époque. Si le festival a pu légitimement s’enorgueillir de la présence des Américains Nina Simone et Archie Shepp avec son sextet, dont les improvisations avec des musiciens algériens sont restés dans les mémoires (Ecouter "Brotherhood at Ketchaoua" et "We Have Come Back"), Alger s’est distinguée en invitant des figures comme la Sud-Africaine Miriam Makeba ("Pata Pata", 1967) ou le Camerounais Manu Dibango ("Soul Makossa", 1973) qui ont donné au continent ses deux premiers grands succès planétaires.

Toujours à Alger, la Fête de la Jeunesse de juillet 1985 a ensuite offert un plateau unique dans les annales aux musiques d’Afrique et des Caraïbes, en compagnie notamment de Touré Kunda, King Sunny Adé, Salif Keita, Mory Kanté, Youssou N’dour, Alpha Blondy et Kassav.

Aujourd’hui encore, avec le succès -notamment- de Cesária Evora, Mayra Andrade, Concha Buika, Mahmoud Ahmed, Danyèl Waro, Angelique Kidjo, Tiken Jah Fakoly, Femi Kuti, Malouma, Tinariwen, L’Orchestre National de Barbès, Karim Ziad, Amazigh Kateb, Souad Massi, Iness Mezel, Najat Aatabou, Emel Mathlouthi, Amr Diab, Mariem Hassan, Busi Mhlongo, Oumou Sangaré ou Amadou et Mariam, un grand nombre de têtes d’affiche renouvellent le répertoire et continuent de porter haut une vitalité incontestable des musiques et des rythmes nés sur le continent.

L’Afrique des musiques, c’est aussi un son aux déclinaisons et aux croisements multiples à l’image du Sénégalais Youssou N’dour, star internationale et voix virtuose, qui transcende l’Afrique noire des griots, l’Afrique urbaine et celle de l’islam. Son album Egypte célèbre une diagonale du cœur et prône un islam de tolérance. Enregistré au Caire en 1999, arrangé par l’Egyptien Fathy Salama, le projet a été remisé à la suite des attentats du World Trade Center. Publié seulement en 2004, l’album, a propos duquel Youssou N’dour confiait "je ne pensais pas que ce disque allait sortir du ghetto des amateurs éclairés", lui a valu un Grammy Award aux USA.

Comment ne pas évoquer feu Ali Farka Touré (deux Grammy Awards), le célèbre chanteur et agriculteur malien disparu en 2006, que Martin Scorsese a filmé pour l’un des volets (Du Mali au Mississipi) de sa série consacrée au blues. Ali Farka Touré vivait à Niafunké, au sud-ouest de Tombouctou, où il a grandi avec sa mère et où il est retourné après avoir connu le succès. Niafunké où il était particulièrement fier de ses 25 hectares de riz et d’agrumes et de ses 3 000 arbres fruitiers. L’artiste cultivateur ne perdait jamais le sud.

Et puis voilà que Dee Dee Bridgewater décide d’enregistrer son dernier album à Bamako. Avec Red Earth (2007), la diva américaine signe son retour aux sources africaines. Après plusieurs voyages au Mali, assistée de Cheick Tidiane Seck, elle a réuni autour d’elle les meilleurs musiciens de la capitale malienne. Dee Dee Bridgewater dit avoir eu à cœur de mettre à jour les rapports intimes entre deux mondes musicaux aux liens anciens, retrouver une fusion naturelle entre culture mandingue et jazz afro-américain.

Durant l’été, plusieurs chansons à succès ont squatté les ondes en France et sonnaient comme une déclaration d’amour et d’espoir à l’endroit du continent. Parmi elles, "Même pas fatigués" de Magic System a été enregistrée avec Khaled et clame "Khaled - Magic System, ça c’est le son qu’on aime". Grand faiseur de tubes, le quatuor originaire d’Abidjan s’est illustré avec plusieurs réussites au box-office comme "Un gaou à Oran" avec le 113 et Mohamed Lamine (2004), "Bouger, bouger" avec Mokobé (2005) et "C cho, ça brûle" avec Cheb Akil, Cheb Bilal et Big Ali (2006). Ce dernier titre s’est hissé à la 4è place des dix œuvres musicales ayant généré le plus de droits en 2008 en France.
Un autre album s’affiche résolument fédérateur, du Maghreb à l’Afrique du Sud, et célèbre les noces de la musique afro hip-hop avec un savant mélange de rumba, zouk, soukouss, raï et rap. Il s’agit d’Africa, concocté par Bisso Na Bisso, le groupe emmené par le rappeur Passi et ses comparses, entre Congo et banlieue parisienne, sur lequel s’invitent Khaled et Manu Dibango. Sur l’hymne choral "We Are Africa", Bisso Na Bisso est rejoint par une pléiade de têtes d’affiche comme Angélique Kidjo, Mayra Andrade, Ismael Lo, Jacob Desvarieux, Les Nubians, Papa Wemba, Cheb Houcine, Cheb Akil et Cheba Fadela.
L’an dernier, la surprise est venue de Soha, née à Marseille de parents venus d’Algérie et originaires du Sahara occidental.

Autre événement de l’été 2009, en forme de pont musical entre l’Afrique et l’Europe, la sortie le 3 août de "Africa Express", un projet initié par Damon Albarn, chanteur de Blur, Gorillaz et The Good, the Bad & the Queen. L’aventure a commencé pendant un voyage au Mali en 2006, lorsqu’en compagnie de Fatboy Slim et Martha Wainwright, ils jouent avec Salif Keita, Toumani Diabaté et Amadou & Mariam. Ils seront rejoints ensuite par un grand nombre d’artistes de tous horizons dont on peut citer, Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers, Johnny Marr, le guitariste des Smiths, Rachid Taha, le chanteur sénégalais Baaba Maal, les Maliens Amadou & Mariam, Oumou Sangaré et le griot Toumani Diabaté et les Nigérians Femi Kuti et Tony Allen. Une façon déclarée pour Damon Albarn de rompre avec la formule des "Live Aid", ces fameux concerts de charité pour l’Afrique mais sans musiciens africains, si l’on excepte Youssou N’dour. Après des concerts à Bamako, Kinshasa, Lagos, Londres, Liverpool et Glastonbury, l’aventure a donné lieu à un album-compilation baptisé Africa Express.
Sur 17 titres, en plus des musiciens cités ci-dessus, figurent Staff Benda Bilili, un orchestre de Kinshasa, les Bidjoï Sisters du Cameroun, Tinariwen, Ba Cissoko, Rokia Traoré, Big Voice Jack d’Afrique du Sud, Alèmayèhu Eshèté, souvent qualifié de James Brown éthiopien, Honny & The Bees Band et The La Drivers Union Por Por Group du Ghana. Tous les titres ont été choisis par des artistes d’Europe et d’Amérique comme Bjork, Elvis Costello, Massive Attack, Paul Weller, Franz Ferdinand, VV Brown, Fatboy Slim et, bien sûr, Damon Albarn.

Comédies musicales



L’Afrique a inspiré des comédies musicales comme Karmen Gueï (2001) et Madame Brouette (2002) des Sénégalais Joseph Gaï Ramaka et Moussa Sene Absa, U-Carmen eKhayeslitsha du Sud-Africain d’origine britannique Mark Dornford-May (2004), une autre adaptation du Carmen de Bizet transposé dans un township et couronné d’or au Festival de Berlin, et enfin Nha Fala (Ma voix, 2002), le remarquable film du Bissau-Guinéen Flora Gomes sur une musique de Manu Dibango. Nha Fala s’attache au parcours de la jeune Vita, qui commence par l’éloigner de ses racines avant de la ramener chez elle, libre et confiante, une fois qu’elle a trouvé sa "voix" ; un parcours qui pourrait aussi être celui de l’Afrique. Flora Gomes dit avoir choisi d’écrire une "histoire résolument optimiste" et de montrer "l’extraordinaire vitalité de ce continent". Le cinéaste ajoute, "la voix, le chant, cette parole mélangée à la musique, à la fois forme et message, [...] a toujours été pour moi un des signes de la liberté. Ce n’est pas par hasard si j’ai voulu faire une comédie musicale."

Comédie musicale flamboyante nourrie par une Afrique génitrice, exubérante et intemporelle, Le Roi Lion (The Lion King) a attiré 42 millions de spectateurs à la faveur de neuf adaptations dans le monde et fêtait, en novembre 2007, ses dix ans à l’affiche du Théâtre Minskoff de New York. Tiré du succès planétaire des studios Disney (1994), le spectacle a été créé trois ans plus tard à Broadway dans une mise en scène de l’Américaine Julie Taymor. La musique et les paroles sont signées d’Elton John et Tim Rice, mais aussi du Sud-Africain Lebo M. Pour la metteuse en scène, qui a ressuscité le substrat africain sous le "cartoon" en y incorporant notamment des chants zoulous, "La fable traite des thèmes universels : l’initiation, le danger, l’amour, l’humour ou la mort. Mais l’Afrique explose dans les rites chamaniques et les rythmes sud-africains, avec des chansons en zoulou et en swahili. La version donnée à Johannesburg [juin 2007] était, bien sûr, plus politique que les autres. Disney a accepté la stylisation de ma mise en scène, les codes de narration et les chansons en zoulou."

Dans un tout autre registre, suffisamment hardi pour être relevé, New York a accueilli un spectacle consacré au Nigérian Fela Anikulapo Kuti, dans une mise en scène du chorégraphe Bill T. Jones. Ce dernier a mis six ans à mettre le projet sur pied. Créé en septembre 2008, Fela ! mêle danse, musique live et vidéo avec le comédien sierra-léonais Sahr Ngaujah acclamé dans le rôle de feu le roi de l’afro-beat, deux fois candidat à la présidentielle et plusieurs fois emprisonné dans son pays. Malgré le formatage poussé du genre aux Etats-Unis, la production a néanmoins vu le jour ajoutant sa pierre à une présence renouvelée du thème africain sur la scène internationale.

Danse



Devant la richesse de leur patrimoine en la matière, les jeunes États africains indépendants ont encouragé la création des Ballets nationaux avec pour ambition de réhabiliter et préserver un legs longtemps bafoué. A côté de répertoires constitués pour l’essentiel de ballets néo-traditionnels et de danses populaires, modernes ou jazz, émerge depuis une vingtaine d’années une danse africaine dans sa version contemporaine. Cette dernière connaît des développements prometteurs portés par des chorégraphes de renom comme Elsa Wolliaston (Kenya/USA/France), Robyn Orlin (Afrique du Sud), Germaine Acogny (Sénégal), Faustin Linyekula (R D Congo) ou le tandem Salia Sanou et Seydou Boro (Burkina Faso) dont la dernière production, Poussières de sang, était récemment à l’affiche du Théâtre de la Ville à Paris.
D’autres compagnies hors du continent mêlent, depuis plusieurs années et avec une belle réussite, des danseurs et des thèmes africains ou en relation avec l’Afrique, à l’image de celle du chorégraphe franco-algérien Heddy Maalem avec des pièces comme Black Spring ou Le Sacre du printemps (The Rite of Spring) d’après Igor Stravinsky.

La saison écoulée fut nettement marquée par l’Afrique du Sud avec plusieurs créations et des spectacles en tournée. On a vu Robyn Orlin avec Dressed To Kill... Killed To Dress... qui s’intéresse aux swankas, ces prolétaires zoulous des années 1950, en plein apartheid, qui se "sapaient" comme des princes. Pour le célèbre Porgy and Bess de George Gerswhin, avec l’Anglais Wayne Marshall comme directeur musical et un chœur venu d’Atlanta, la chorégraphe a planté le décor de son opéra dans un ghetto noir.

Spectacles musicaux



Il y eut ensuite des spectacles musicaux comme Umoja (Ensemble, en zoulou) et ses 35 artistes sur scène pour emmener leur monde dans le passé vibrant et tumultueux de la nation Arc-en-Ciel. Umoja est un spectacle de Todd Twala et Thembi Nyandeni, deux amies d’enfance qui ont grandi à Soweto et créé ce spectacle en donnant une chance à des jeunes défavorisés recrutés dans les townships de Johannesburg. Après sa création et une tournée triomphale dans le pays, Umoja s’est rapidement imposé comme "le" spectacle musical sud-africain. En 2001, la troupe est invitée à Londres où elle restera deux ans à l’affiche avant une tournée dans 25 pays, devant 3 millions de spectateurs à ce jour.

Dans la même veine, African Footprint rassemble trente-deux artistes, noirs et blancs, pour articuler des moments forts de l’histoire du pays, en mêlant ballet contemporain, hip-hop, danses traditionnelles, sur des musiques et des chants inspirés des poèmes de Don Mattera.

Festivals



L’Afrique en musique, c’est aussi la capacité à organiser, conquérir une audience et installer dans la durée des festivals à l’image de Thisday à Abuja/Lagos (Nigeria), de Woodstock à Johannesburg (Afrique du Sud) et de Mawazine à Rabat (Maroc), qui accueillait en mai dernier Stevie Wonder, Alicia Keys, Kylie Minogue, Johnny Clegg, Mayra Andrade, Kadem Saher, Samira Saïd, Khaled et Warda el-Djazaïria.


- 4 - 20 juillet 2009, 2è Festival culturel panafricain d’Alger / Esplanade de Riadh el-Feth

- 20 juillet 2008, Troupe de danse traditionnelle d’Algérie • Houria Aichi • Faudel
- 19 juillet 2009, Troupe Chawa, danse traditionnelle du Niger • Cheb Khaled
- 18 juillet 2009, Troupe nationale de danse traditionnelle du Malawi • Ray LemaCheb Bilal
- 17 juillet 2009, Danse traditionnelle Tufo-Mafalala du Mozambique • Macase (Cameroun) • Manu Dibango • Khallasse
- 16 juillet 2009, El Djawed, danse traditionnelle de la République Arabe Saharaoui • Rido Bayonne • Lotfi Double Canon
- 15 juillet 2009, Jalamang Jammeh, danse traditionnelle de Gambie • Salif Keita • Allaoua
- 14 juillet 2009, National troupe of Nigeria, danse traditionnelle • Tinondia (Madagascar) • Kassav
- 13 juillet 2009, Troupe nationale, danse traditionnelle de Djibouti • Hamidou & Guest • Alpha Blondy
- 12 juillet 2009, Bandari Dancers, danse traditionnelle du Kenya • Joe Batoury • Ismael Lo
- 11 juillet 2009, Tambourinaires Akayazwe du BurundiDjamel Laroussi • Sghir Boutaiba • Belkacem Bouteldja
- 10 juillet 2009, Groupe Dogon, danse traditionnelle du Mali • Connexion Latina • Lotfi Attar-Raina Rai • DJ sud-africains
- 9 juillet 2009, Massapanga de Mbeni Comores, danse traditionnelle des Comores • Diwan Casbah • Amazigh Kateb • Papa Wemba
- 8 juillet 2009, Troupe de danse de "Bana Moyes authentiques" du Congo • Mohamed Lamine • Mory Kanté
- 7 juillet 2009, Youssou N’dour
- 6 juillet 2009, Troupe nationale de danse traditionnelle du Soudan • Teofilo Chantre (Cap Vert) • Ouled Hawsa • Khamsa Gnawa • Chaouch Tarek
- 5 juillet 2009, Abdou Driassa • Kader Japonais • Safy Boutella
- 4 juillet 2009, Taous • Mohamed Lamari • Ali Dado • Cheba Zahouania

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