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  Dans l’ombre de Charonne de Désirée et Alain Frappier

Cinquante ans après la manifestation pacifique du 8 février 1962 à Paris "pour la paix en Algérie", manifestation qui fut réprimée et fit neuf victimes françaises, les éditions Mauconduit publient Dans l’Ombre de Charonne d’Alain & Désirée Frappier. Pour évoquer cet épisode longtemps occulté de la mémoire française, les deux auteurs se sont inspirés de leur propre expérience et des souvenirs de la sociologue Maryse Douek-Tripier, lycéenne à l’époque et bloquée ce soir-là dans la bouche du métro Charonne. "Nous savions bien que la manifestation était interdite, se souvient Maryse Tripier, mais on y allait avec l’idée de se faire taper dessus comme d’habitude, pas avec l’idée de mourir".

L’une des grandes qualités de l’ouvrage tient à ce que les auteurs se sont efforcés de saisir et de replacer la manifestation du 8 février 62 dans le contexte politique compliqué de la fin de la guerre d’Algérie en France. Une période où, à quelques semaines seulement des accords d’Evian (18 mars) qui allaient mettre fin à huit années de guerre en Algérie, les activistes de l’Organisation Armée Secrète (OAS) pratiquent une politique de "la terre brûlée" opposée à toute idée de solution négociée.

Dans ce "récit graphique" qui mêle habilement dessins, photos, documents et extraits de presse, Désirée et Alain Frappier multiplient les sources, témoignages, points de vues et commentaires. Ceux-ci viennent nourrir des personnages, des dialogues et une large palette de réflexions et d’attitudes face aux manifestations du conflit algérien dans le quotidien et la mémoire des Franciliens. Rendu en noir et blanc, baignant dans l’ambiance des sixties avec "flippers, pick ups, surboums, Nouvelle Vague, irruption de la société de consommation", le récit de ces journées de veille du printemps 1962 remet au devant de la scène la figure du policier et son attirail d’alors, casque, raglan noir et l’inévitable "bidule", ce manche de pioche de sinistre mémoire.

Grâce notamment aux efforts des enfants de l’immigration algérienne, rappelle Benjamin Stora dans sa préface à l’ouvrage, la manifestation du 17 octobre 1961 à acquis une grande visibilité. Pour l’historien, "il faut maintenant que ces deux dates, 17 octobre 61 et 8 février 62, soient définitivement liées comme signe de fraternité entre l’immigration ouvrière algérienne et les militants en France qui ont refusé la guerre livrée en Algérie". A leur façon, Alain & Désirée Frappier s’y sont déjà employés. Pour l’historien, "Dans l’Ombre de Charonne est une contribution essentielle à cette entreprise nécessaire".



Vidéo > Témoignage de Maryse Tripier (8’33, Libération, 8 février 2012)


Vidéo > Charonne : les témoins d’un "massacre d’Etat" à Paris (2’22, AFP, 6/02/2012)


- 30 mai 2013, Rencontre avec Désirée et Alain Frappier autour de leur ouvrage Dans l’ombre de Charonne, Paris / Centre Culturel Algérien



Dans l’ombre de Charonne de Désirée et Alain Frappier (Récit graphique en noir et blanc)
Préface de Benjamin Stora
(Paris, Mauconduit, 2012)
(Rééd., Alger, Dalimen, 2012)

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