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"À la fois roman, poème et épopée, mêlant la légende tribale aux réalités historiques de l’Algérie coloniale [...], Nedjma, dont le père est incertain, est la fille d’une juive française enlevée successivement en Algérie par quatre amants. Autour d’elle vont se retrouver quatre amis, jeunes témoins des massacres du 8 mai 1945. Soumis à un véritable dérèglement des sens, les quatre personnages vont s’affronter pour trouver chacun ce qui le relie comme sang et comme désir à cette amante « sœur et étrangère »". 20 ans après la disparition de l’écrivain et un demi-siècle après la publication de son célèbre roman, au cœur de la guerre d’indépendance, Kateb Yacine (1929-1989) et son œuvre continuent de susciter un formidable intérêt mêlé de fascination. Poète, romancier et auteur dramatique, Kateb Yacine est en particulier l’auteur de Nedjma, une œuvre énigmatique et solaire qui fait évènement dès sa parution et vient "par la complexité de sa quête et la superbe échevelée de son écriture, fonder une vraie maturité littéraire", relevait Tahar Djaout. Pour Jacqueline Arnaud, universitaire connue pour ses travaux sur la littérature maghrébine et sur Kateb Yacine, "ce poète bouleversant, soudainement émergé de l’Algérie profonde, a marqué de son étoile de sang toute la génération de l’après-Seconde Guerre mondiale. Il est urgent de lire, d’entendre aujourd’hui ce grand autre de nous-mêmes, ce clandestin qui s’introduit dans notre mémoire à la faveur d’un équivoque passeport de langue française et nous dérange par tant de familiarité mêlée à tant d’étrangeté radicale". Né en 1929, le jeune Kateb fait l’école coranique à Sedrata (1934), puis l’école française à Lafayette (auj. Bougaa), avant d’entrer au lycée de Sétif en 1941. Durant les manifestations du 8 mai 1945 auxquelles se joint l’adolescent, il est arrêté et emprisonné et sa mère en perdra la raison. "Ma mère, après les désastres du 8 mai 1945, est devenue la Femme sauvage, enfermée dans le « ravin » de l’hôpital psychiatrique. Ma mère, enserrée dans les bandelettes de la momie vivante ne retrouvera plus jamais la raison. Ma mère, rose noire de Blida que Frantz Fanon soigna". La violence de la répression du 8 mai 1945 nourrira durablement son œuvre et son engagement poétique et politique. Elle sera également à l’origine de son théâtre tragique, du Cadavre encerclé aux Ancêtres redoublent de férocité, et jusqu’au long poème du Vautour qui clôt la tétralogie du Cercle des représailles. Traversant une période d’abattement consécutive à son arrestation, son emprisonnement et son exclusion du lycée, il est envoyé au lycée de Bône (auj. Annaba) avec pour correspondante, sa cousine Zouleïkha mariée dans cette ville. De sa rencontre avec celle-ci, - Kateb parle de "séisme amoureux"-, il confiera, "j’ai déserté la classe en même temps que recevant l’Etoile [Nedjma] entre les yeux". Plongé dans Lautréamont, Musset et Baudelaire, il se penche en outre sur l’histoire de ses propres aïeux, les Keblout, victimes dans les années 1870 d’un cruel châtiment du corps expéditionnaire français allié à un clan rival. "Le nom de Keblout, comme l’étendard, est tombé en lambeaux sur la stèle grise inclinée", résume Kateb, "il sera recousu et brandi par Lakhdar, comme je l’ai écrit dans Nedjma. Avec son roman qui dit le deuil d’une généalogie brisée, souligne Benamar Mediene, "Kateb invente un langage littéraire articulé à un système mythologique qu’il construit à partir de son histoire individuelle, puis familiale et ensuite en extension à l’Algérie et à l’universalité". Dans ce royaume hypothétique et de folie atavique, ajoute Kateb, "Zouleïkha ma cousine, qui ne cachait pas son autre prénom judéo-chrétien, Odette, m’a ouvert d’autres pistes souterraines, entrecroisées, si complexes qu’elles feraient jurer un savant généalogiste mecquois". Femme sauvage, issue d’une union adultérine entre une Française juive et un membre de la tribu des Keblout, Nedjma représente toutes les femmes connues où rêvées en même temps qu’elle symbolise et figure une Algérie multiple. Signée de Mohamed Kacimi et créée en 2003, dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France, l’adaptation visait, selon son auteur, "à retrouver le temps brouillé de l’œuvre pour mettre à jour la trajectoire des protagonistes. Oublier un peu la fièvre et la fureur de la langue pour donner à voir la vie des personnages." Nedjma a été mise en scène par Ziani Cherif Ayad avec de jeunes comédiens d’Alger emmenés par Sid-Ahmed Agoumi dans le rôle de Si Mokhtar. L’auteur de Nedjma fut aussi essayiste, journaliste, conférencier et commentateur avisé des mutations de la société algérienne. Vingt ans après sa disparition, alors qu’il est honoré dans le monde entier, Kateb Yacine est toujours absent des manuels scolaires algériens. En dehors du Théâtre régional de Tizi Ouzou et hormis un timbre à son effigie, émis dans le cadre d’une série consacrée aux écrivains, aucun édifice ni aucune rue ne porte son nom. A l’issue de l’hommage rendu à l’écrivain en octobre, la ville de Guelma devait baptiser sa salle de cinéma à son nom. Une stèle à son effigie devait également être érigée sur le site de Aïn Ghror, sur le territoire de la tribu des Keblout. (Photo D.R.)
Vidéo > Kateb Yacine > De Nedjma et d’Algérie (Document INA, 9 min. 53, Fr, 1956)
22 janvier 2010, Rencontre-lecture Kateb Yacine, Grenoble / Bibliothèque Kateb Yacine, Centre commercial Grand’Place, 38100 Grenoble, Tel. : 04 38 12 46 20, Entrée libre
27 - 28 décembre 2009, Colloque "Vie et œuvre de Kateb Yacine", Tizi Ouzou / Maison de la Culture Mouloud Mammeri
13 - 17 décembre 2009, "Cinq escales pour une étoile"
13 décembre, Annaba / Maison de la Culture
14 décembre, Souk Ahras / Théâtre municipal
15/12, Constantine / Théâtre régional
16/12, Sétif / Maison de la Culture
17 décembre, Alger / Riadh el-Feth / Salle Cosmos
12 décembre 2009, Colloque "Kateb Yacine, un homme de parole", organisé par l’Association de culture berbère (ACB), Paris / Salle de la CFDT, 2, boulevard de la Villette, Paris 19è, Entrée libre, Réservations souhaitées auprès de l’ACB, Tel. : 01 43 58 23 25
9 décembre 2009, "Kateb Yacine, le cœur entre les dents" : Choix de textes et mise en espace par Benamar Mediene, à partir de son ouvrage éponyme, Textes dits par Mohamed Fellag, Marianne Epin, Sid-Ahmed Agoumi et chants de Fettouma Ousliha-Bouamari, Paris / Institut du Monde Arabe / Auditorium
27 novembre 2009, "Kateb Yacine, le poète comme un boxeur", Rencontre, 6e Festival Strasbourg-Méditerranée / Librairie Kléber
25 novembre 2009, Projection de Kateb Yacine, l’amour et la révolution de Kamal Dehane, 6e Festival Strasbourg-Méditerranée / Maison de l’image
25 novembre 2009, Projection de La Troisième vie de Kateb Yacine de Brahim Hadj Slimane, 6e Festival Strasbourg-Méditerranée / Maison de l’image
21 novembre 2009, Soirée carte blanche à l’Ina : autour de Kateb Yacine / Paris / Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration / Festival : un siècle de Cinéma du Maghreb
27, 28 et 29 octobre 2009, Rencontres Kateb Yacine, Alger / Palais de la Culture / Riadh el Feth :
29 octobre 2009, Table ronde sur les dramaturgies arabes contemporaines, en compagnie de Philippe Foulquié (Marseille), Roger Assaf (Beyrouth), Marina Barham (Beït Sala, Palestine), Zeineb Farhat (Tunis) et Pierre Abi Saab (Al Akhbar, Beyrouth), Modérateur : Ziani Cherif, Alger / Palais de la Culture
29 octobre 2009, Projection de Kateb Yacine, L’amour et la révolution de Kamel Dehane, suivi d’une table ronde sur "Kateb Yacine, journaliste", en compagnie de H’mida Layachi (Djazaïr News), Allaoua Wahbi (journaliste), Ahmed Cheniki (Université de Annaba) et Paul Siblot (Université de Montpellier), Alger / Palais de la Culture
28 octobre 2009 à 10h, "Kateb Yacine : amitiés électives et camarades de combat", Conférence de Benamar Mediene (universitaire, biographe et ami de Kateb Yacine), Alger / Palais de la Culture
28 octobre 2009 à 14h30, Projection de Nedjma, un film de Djillali Khellas, suivie d’une table ronde , "Kateb Yacine, un intellectuel iconoclaste", en compagnie de Mohamed Lakhdar Maougal, Nedjma Benachour, Assia Kacedali et Aïcha Kassoul (Université d’Alger), Abdlelkefi Rab’a (Université de Tunis), de Abdelkader Hamid (El Khabar)
28 octobre 2009, Mise en espace de La galaxie Kateb Yacine, de la poésie aux libertés de Benamar Mediene et Minuit passé de douze heures, d’après les écrits journalistiques de Kateb Yacine, Esplanade de Riadh el-Feth (Chapiteau)
28 octobre 2009, 13h-16h, Evocation : "Kateb Yacine, vingt après", Ouverture : Rachid Boudjedra, Table-ronde animée par Abdelaziz Boubakir, Participants : Ismaïl Abdoun, Omar Mokhtar Chaâlal, Eugène Ebodé (Cameroun), Djamel Belarbi, Younil, Abdelkrim Ouzeghla, Lecture de textes par Sid-Ahmed Agoumi, 14è Salon international du Livre d’Alger / Complexe olympique Mohamed Boudiaf / Chapiteau / Salle El Qods
27 octobre à 19h, L’étoile et la comète d’Arezki Mellal, Mise en scène de Ziani Cherif Ayad, Auditorium du Palais de la Culture
27 - 30 octobre 2009, Colloque international Kateb Yacine, Guelma
31 janvier 2009, "Journée d’études Kateb Yacine, Nedjma", Paris / Université Paris Diderot (Paris 7) > Contributions à lire sur Fabula.org
* Nedjma de Kateb Yacine (Paris, Le Seuil, 1956 et rééd. | Poche, 1996) Traduit en arabe par Saïd Boutadjine (Alger, El Ikhtilef, 2008)
Représentations : 18 - 19 novembre 2003, Théâtre de Grasse
14 - 17 octobre 2003, Théâtre national de la Criée, Marseille
7 - 8 octobre 2003, Théâtre du Muselet - Scène nationale de Châlons-en-Champagne, Tel. : 33 (0)3 26 69 50 80
29 - 30 août 2003, Festival de Blayes, Bordeaux
23 - 24 juillet 2003, La Chartreuse, Villeneuve-lez-Avignon
21 - 22 novembre 2003, Théâtre Municipal de Draguignan, Tel. : 33 (0)4 94 50 59 50 - 25 - 29 juin 2003, Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier, 21, rue du Vieux-Colombier, Paris 6è, Tel. : 33 (0)1 44 39 87 00 / 01 44 39 87 01 Nedjma de Kateb Yacine Adaptation de Mohamed Kacimi Mise en scène de Ziani Cherif Ayad Avec Amel Himeur (Nedjma), Zahir Boukhenak (Lakhdar), Samir el-Hakim (Rachid), Mohammed Messatfa (Mustapha), Rabah Yahi (Monsieur Ernest, le gendarme), Malika Belbey (Suzy, la femme du gendarme) et Sid Ahmed Agoumi dans le rôle de Si Mokhtar |