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> 2012 > Nasser Djemaï | ناصر جمعي
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Invisibles de Nasser Djemaï |
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Majid : Quand je suis sur mon banc, je vois ce que les autres ne voient pas. [...] Souvent, je prends mon chapeau et je le secoue, je le remets sur ma tête et je recommence à regarder comme si j’avais tourné la page d’un livre. La nouvelle création de Nasser Djemaï nous installe face à un groupe de chibanis, littéralement "vieux aux cheveux blancs", ces vieux Maghrébins qu’on peut voir sur les bancs des villes de France, devisant sur le sort peu enviable qui est le leur après une vie de labeur. Avec une grande pudeur et beaucoup d’émotion, le spectacle rend justice à ces "travailleurs immigrés" anonymes et à ces "sans voix". "Aujourd’hui", fait observer l’auteur et metteur en scène, alors que "la bataille économique s’est déplacée sur d’autres terrains", ces hommes ont été "jetés par dessus bord, en même temps que la classe ouvrière et la lutte qui allait avec. Leur pouvoir d’achat étant nul, ils sont devenus invisibles." Métamorphosés par leur prise de parole sous nos yeux, rendus à leur humanité par la voix, le corps et le souffle des acteurs, voilà qu’ils nous parlent et interrogent l’homme qui est en nous. Le spectacle s’ouvre sur l’entrée en scène de Martin, dont la mère vient de mourir d’un cancer. Regrettant de n’avoir pu partager les derniers instants de sa mère, il hérite d’un coffret et de la promesse de le remettre à un père qu’il n’a jamais connu et qu’il doit retrouver. Il ne dispose pour cela que de quelques mots recueillis par l’infirmière : "Mon fils, il faut qu’il sache... Il faut qu’il retrouve son père... El Hadj... Docteur Raphaël...". Il y a aussi un nom et une adresse. Voilà donc Martin dans un foyer de travailleurs immigrés où il fait la connaissance de Hamid et Driss puis de Majid et Shériff qui veillent tous sur El Hadj muet et paralysé dans son fauteuil depuis plusieurs mois. Tous les cinq sont originaires d’Algérie. Ce sont d’anciens travailleurs qui n’ont pas fait venir leur famille. "Une double tragédie", souligne Nasser Djemaï, "l’arrachement à la terre natale et à leurs familles pour retrouver une misère plus froide encore". Le dialogue se noue, peu à peu, qui nous introduit dans le quotidien et la solitude de ces retraités solidaires mais méfiants :
Martin : D’habitude vous parlez de quoi ?
Driss : C’est chacun tout seul, chacun dans sa chambre. On s’occupe pas les affaires des autres. C’est silence.
Martin : Mais quand vous parlez entre vous ... ?
Driss : On parle les papiers... la santé... la mosquée.
Martin : C’est tout ?
Driss : Oui, c’est tout. Le reste, ça brûle dans le ventre... Au terme d’une existence marquée par ce que le sociologue Abdelmalek Sayad appelait la "double absence", absence à la fois au pays d’origine quitté depuis bien longtemps et à "la société d’accueil qui ne se pose le problème des "immigrés" que pour autant que les immigrés lui "posent des problèmes" (Pierre Bourdieu), on leur dispute encore le droit de choisir où finir leurs vieux jours, car il leur faut continuer à vivre en France pour toucher leur complément de retraite. "Ils pensaient pas on pouvait avoir froid, lâche Hamid. Ils pensaient pas on pouvait avoir faim. Qu’on pouvait avoir besoin d’une femme dans nos bras. Et ils pensaient pas qu’un jour on pourrait vieillir comme tout le monde, parce qu’ils pensaient pas on était des hommes". Alors, qu’ils se réunissent autour d’une partie de dominos ou qu’ils se posent sur un banc public pour bavarder sur le temps qui passe, ils trompent la mort comme ils peuvent, avec humour mais sans illusions et toujours avec le même espoir de rejoindre leurs proches, parce que le "le cœur il est là-bas", comme l’assène Driss. "Même si je suis resté loin de ma famille. Je veux être avec eux pour toujours. Je veux être avec ces pierres toutes dures et secs, je veux être avec ces arbres brûlés par le soleil, je veux être avec ces chèvres qui ressemblent à des squelettes. Je veux la chaleur, je veux le silence, je veux tout ce que j’ai pas voulu. Mourir ici, non, c’est pas possible." Dans sa quête du père, au contact de ces hommes fébriles à l’évocation de leur progéniture restée au pays, Martin connaîtra une ultime et émouvante mise à l’épreuve. "Entre, dit encore la voix de Louise à Martin, entre dans les enfers mon fils, dans le royaume invisible des ombres. Ma main sur ton épaule te guide."
Vidéo > Nasser Djemaï sur TV5 Monde, (7’12, "Y’a du monde à Paris" par Estelle Martin, 18 février 2012) Audio > Stéphane Braunschweig / Nasser Djemaï / Cedric Orain et Stephane Frimat sur France-Inter ("Studio-Théâtre" par Laure Adler, 10 février 2012)
25 avril - 6 mai 2012, Lausanne / Théâtre Vidy
29 - 30 mars 2012, St Nazaire / Le Fanal
20 - 22 mars 2012, Cergy Pontoise / Théâtre
13 mars 2012, Aurillac / Théâtre, 4 rue de la Coste, 15000 Aurillac, Tel. : 04 71 45 46 04
22 et 23 février 2012, Bourges / Maison de la Culture, Place André Malraux, 18000 Bourges, Tel. : 02 48 67 74 70
7 - 18 février 2012, Paris / Le Tarmac, 159, avenue Gambetta, Paris 20e
1er - 3 février 2012, Montpellier / Domaine d’Ô
17 - 18 janvier 2011, Chalon sur Saône / Espace des arts
14 janvier 2011, Toulon / Théâtre Liberté
5 - 6 janvier 2012, Belfort / Le Granit
6 - 8 décembre 2011, Le Havre / Le Volcan
22 novembre - 3 décembre 2011, Grenoble / MC2
Invisibles (Création) (Arles, Actes Sud-Papiers, 2011) Texte et mise en scène de Nasser Djemaï Dramaturgie : Natacha Diet avec David Arribe (Martin), Angelo Aybar (Majid), Azzedine Bouayad (El Hadj), Kader Kada (Shériff), Mostefa Stiti (Hamid), Lounès Tazaïrt (Driss) |
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