Les chemins qui mènent au tribunal sont parfois surprenants comme celui qui a conduit "Les Femmes d’Alger", le tableau de Djamel Tatah, dans la salle des Pas perdus du tribunal de Saint-Gaudens en Haute Garonne. L’aventure a débuté par une action de mécénat de la Caisse des Dépôts et Consignation qui souhaitait commander une oeuvre à l’artiste. Ce mécénat impliquait que l’œuvre, tout en restant la propriété de la Caisse, fasse l’objet d’une exposition temporaire avant d’être versée dans une collection régionale.
Présentée une première fois au Centre d’Art contemporain de Saint-Gaudens (Chapelle Saint-Jacques), l’exposition Les Femmes d’Alger* est née d’un tableau du même nom (image ci-contre, Huile et cire sur toile et bois, 340 x 450 cm) qui montre un chœur de femmes en pied. Si l’allusion au célèbre Femmes d’Alger dans leur appartement de Delacroix est claire, on est loin de ses femmes "moins sultanes que prisonnières" (Assia Djebar) et peintes dans une abondance de couleurs rares. Car c’est de noir que Djamel Tatah a choisi d’habiller les femmes d’Alger interdites de visage. Ici, la blessure est à vif mais n’est pas représentée, si ce n’est dans la tension de la pose et du regard démultiplié de ces femmes dont il faut prendre la mesure. Le geste poétique de Djamel Tatah trouve davantage d’échos dans les voix de celles qui sont encore sorties dans la rue en 2001 pour manifester leur solidarité avec leurs enfants ou leurs frères, les jeunes émeutiers du Printemps noir de Kabylie, et pour demander "vérité et justice".
Ce tableau, qui a été accroché de 1997 à 2002 dans la salle des Pas perdus du tribunal de Saint-Gaudens, a ensuite rejoint la collection publique "Les Abattoirs" à Toulouse.
22 juin - 30 septembre 1996, Saint Gaudens / Chapelle Saint-Jacques
12 octobre - 30 novembre 1996, Musée de Bastia, Palais des Gouverneurs
Djamel Tatah
Les Femmes d’Alger, ouvrage collectif (Centre d’Art contemporain de Saint-Gaudens, 1996)
Le Site de Djamel Tatah