Cheikha Rimitti s’est éteinte, le 15 mai 2006, d’une crise cardiaque à son domicile parisien. Elle était agée de 83 ans. L’infatigable mamie du raï semblait jusque-là surfer sur les décennies et se refusait à vieillir. On en a pour preuve N’ta goudami, son dernier album sorti le 28 novembre avec lequel la cheikha (doyenne) chante son blues sur des rythmiques et des sonorités résolument contemporaines. Depuis une décennie, la Rimitti mêlait avec une tranquille assurance, flûte, percussions et chœurs, mais aussi guitare, basse, batterie, claviers, cuivres, violon, accordéon et vocoder. Et toujours avec la même veine poétique pour consigner des strophes enjouées ou mélancoliques, qui disent une vie souvent pas facile et les joies de l’amour sous toutes ses formes.
En 1994 déjà, avec les accords saturés du guitariste Robert Fripp (ex-King Crimson), Sidi Mansour comprenait des pépites comme le titre éponyme, "N’ghani kima nabghi" ou encore "Serrer à droite et stationner". Cinq ans plus tard, le succès de "Nouar" ou "Nakhla" ne parvenait pas à imposer un album plus proche des racines mais moins inspiré. En dix titres et sans rien perdre du legs de la tradition, arrangé par le musicien Kamel "Sahnoun" Benmaghnia, N’ta goudami confirme la mue électrique de Rimitti et rappelle qu’elle est toujours la diva du raï.
Rythmé et également placé en ouverture, "N’ta goudami" a les mêmes vertus que "Nouar" dans le précédent album de la cheikha qui déclare sa flamme à l’élu de son cœur. Entraînant et plus lascif, "Dabbri" est une invitation à « improviser » après la disparition du compagnon « happé » par de nouveaux horizons. Mélancolique, à la flûte et aux percussions entêtantes, "Aoulidi" est un hymne à l’amour filial et une injonction au fils pour le rappeler à ses devoirs. Affecté, "Daouni" enfourche les ailes du souvenir, celui d’un accident de la route avec mort de compagnons, et "M’rahba", sur un rythme enjoué, est un clin d’oeil au gnawi, au Soudani, au frère en joutes. "Guendouzi" encore est de la même facture.
Mais c’est sans conteste "Charragt" qui a toutes les chances d’enflammer les amoureux du répertoire, les pistes de danse et les platines cet été. "Charragt" qui permet à Rimitti de revenir sur les affres de l’exil ("Charragt gharrabt") et de clamer sa passion pour l’Algérie ("Nabghi bladi, nabghi s’habi", "Enrouh koul bled, Dzair khirli") dont elle a longtemps attendu une invite. Restent ses fans et ils sont légion.
19 janvier 2007, Cheikha Rabia : "Hommage à Cheikha Remitti", Paris / Institut du Monde Arabe / "La Méditerranée des musiques"
2 septembre 2006, "Soirée - Hommage à Cheikha Rimitti", Cheb Oujdi • Redouane • Cheb Aziz, Tabarka / Festival de Raï
1er - 4 août 2006, Festival du raï : "Hommage à Cheikha Rimitti", Oran / Théâtre de Verdure | Aïn El Turck / Stade
11 juillet 2006, Cheikha Rabia & Cheba Fadela, Arles / Festival les Suds
16 juin 2006, Zahouania - "Hommage à Cheikha Rimitti", Saint Jean de la Ruelle / Festival Le Grand Unisson
June 10, 2006, Zahouania : "A tribute to Cheikha Rimitti", Stockholm / Re :Orientfestivalen 2006
Cheikha Rimitti (الشيخة الرميتي)
Dernier album : N’ta goudami
(Because Music / Wagram Music, 2005)
Sortie : 28 novembre