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  Djamila Boupacha

Arrêtée le 10 février 1960 à Alger, Djamila Boupacha a été accusée d’avoir déposé une bombe. Au cours de sa détention qui a duré plus d’un mois, elle a été torturée et violée. Sollicitée pour sa défense, l’avocate Gisèle Halimi se présente à Alger avant d’être arrêtée et expulsée. "J’avais pu rencontrer Djamila à la prison de Barberousse, se souvient l’avocate, voir sur son corps les traces de tortures, les seins brûlés par les cigarettes, les côtes brisées par les coups. J’ai décidé d’être son avocate. J’ai alors fait appel à Simone de Beauvoir. Ce fut bref et sans détour". (L’Humanité, 1er janvier 2000)

De retour à Paris, un "Comité pour Djamila Boupacha" est créé. Présidé par Simone de Beauvoir, il comprenait notamment Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Elsa Triolet, Gabriel Marcel, Geneviève de Gaulle et Germaine Tillion qui a beaucoup fait pour la militante algérienne. L’affaire prend rapidement de l’ampleur.

Le 24 juin 1960, se tient une conférence de presse du Comité. Simone de Beauvoir présente les faits. Jeune algérienne membre du FLN, qui "allait déposer une bombe mais ne l’a pas fait", Djamila Boupacha a été arrêtée, mise au secret, torturée et violée par les parachutistes français pendant cinq à six semaines. Un livre est alors publié qui rend public tout le dossier d’instruction, ce que son avocate n’avait pas le droit de faire. Préfacé par Simone de Beauvoir, avec un portrait au fusain de Djamila Boupacha dessiné par Picasso, en couverture, le plaidoyer comprenait en outre des contributions de Roberto Matta et Robert Lapoujade. L’ouvrage paru chez Gallimard a été réédité en 2000.

Un mouvement international est né, avec des manifestations devant plusieurs ambassades de France comme à Washington ou à Tokyo. Au ministère de la Justice, Simone Veil, alors petite magistrate déléguée, a contribué à la faire transférer en France au vu des menaces qui pesaient sur elle à Alger visant à la faire taire. Son procès se tiendra en juin 1961 devant le tribunal de Caen. Condamnée à mort, Djamila Boupacha sera amnistiée avec la signature des Accords d’Evian qui mettent fin à la guerre d’Algérie. "Quand j’ai défendu Djamila Boupacha, ajoute Gisèle Halimi, cela faisait six ans que je défendais des militants du FLN. Avec d’autres avocats, mais nous n’étions pas très nombreux, nous avions instauré un véritable pont aérien entre Paris et l’Algérie, là où il y avait des tribunaux militaires, des tribunaux d’exception. C’était d’autant plus urgent de le faire que sans nous probablement, il n’y aurait pas eu de défense : tous les avocats algériens avaient été plus ou moins arrêtés, déportés, mis dans des camps."

En 1962, le compositeur italien Luigi Nono (1924-1990) lui a rendu hommage en créant Djamila Boupacha, une pièce vocale pour soprano solo. La monodie a capella de dix minutes est régulièrement au programme du pianiste virtuose Maurizio Pollini qui fut l’ami du compositeur. Après Venise, Londres et Bruxelles, ce fut le cas, le 13 octobre dernier à la Salle Pleyel à Paris, à la faveur du cycle "Pollini Perspectives", avec des pièces de Chopin et de Luigi Nono et la participation de la soprano canadienne Barbara Hannigan.



Audio > Luigi Nono > Canti di vita e d’amore (I-II) [I. Sul ponte di Hiroshima | II. Djamila Boupacha : Esta noche de Jesús López Pacheco], Performed by Bamberg Symphony Orchestra, with Sarah Leonard (soprano), Thomas Randle (tenor), Conducted by Ingo Metzmacher (10’14)

Audio > Luigi Nono > "Djamila Boupacha" > Janet Pape (USA) : soprano (Extrait, 3 min. 53, 18 novembre 2006, Paris / Festival international Spectrum XXI / Salon d’or de l’Hôtel de Béhague / Résidence de l’Ambassade de Roumanie)



-  28 February 2009, "Djamila Boupacha, Terrorist/Victim/Sign : Becoming Human Through Torture, Discourse and at the Boundaries of the Nation-State", Conference by Laina Saul (George Mason University, Cultural Studies), University of Maryland College Park



-  Djamila Boupacha
par Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi
Témoignages d’Henri Alleg, Mme Maurice Audin, général de Bollardière, R.P. Chenu, Dr Jean Dalsace, J. Fonlupt-Esperaber, Françoise Mallet-Joris, Daniel Mayer, André Philip, J.-F. Revel, Jules Roy, Françoise Sagan
Portrait original de Picasso
Hommage des peintres Robert Lapoujade et Roberto Matta
(Paris, Gallimard, 1962)
(Rééd., Gallimard, 2000)

-  Djamila Boupacha : The Story of the Torture of a Young Algerian Girl Which Shocked Liberal French Opinion
By Simone de Beauvoir and Gisèle Halimi
Translated from the french by Peter Green
(New York, MacMillan, 1962)

-  Djamila Boupacha
By Simone de Beauvoir and Gisèle Halimi
Translated from the french by Peter Green
(London, Andre Deutsch and Weidenfeld & Nicolson, 1962)

-  Djamila Boupacha. Proceso a la tortura
De Simone de Beauvoir y Gisèle Halimi
Traducción de Nuria Petit
(Barcelona, Seix Barral, 1964)



"(Dé)Politisation du genre et des questions sexuelles dans un procès politique en contexte colonial : le viol, le procès et l’affaire Djamila Boupacha (1960 - 1962)"
par Vanessa Codaccioni
in Nouvelles Questions Féministes
(Vol. 29, n° 1, Lausanne, 2010)

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