Le 26 juin dernier, la famille Matoub et des membres de la fondation qui porte le nom de l’artiste ont observé un sit-in devant la cour de justice de Tizi Ouzou qui a précédé la tenue d’une conférence - débat à la Maison de la Culture de la ville en présence de Malika Matoub, sœur de l’artiste, ainsi que de représentants de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) et du Front des Forces Socialistes (FFS). "13 ans après l’assassinat de mon frère, dira Malika Matoub, le procès est resté au même point de départ. Nous avons demandé une enquête, une reconstitution des faits, une étude balistique et l’audition des 51 témoins et acteurs politiques de l’époque". Sans résultat. Rappelons que le procès qui devait s’ouvrir le 9 juillet 2008 avait été plusieurs fois reporté à une date indéterminée pour "complément d’information". Le procès a finalement été fixé au 18 juillet 2011, mais en l’absence des parties civiles. La sœur, la mère et la veuve du chanteur assassiné se sont retirées du procès pour ne pas cautionner une "parodie de justice" qui tend à juger deux accusés mais sans toucher au fond du dossier : à savoir faire toute la lumière sur l’assassinat de Lounès Matoub et ses commanditaires.
Après deux suspensions d’audience, les deux accusés pour lesquels le procureur avait requis la peine capitale ont été condamnés à 12 ans de prison ferme par le tribunal criminel près la cour de justice de Tizi Ouzou. En détention provisoire à la maison d’arrêt de la ville depuis plus de 11 ans, Malik Medjnoun et Abdelhakim Chenoui seront libérés dans quelques mois puisqu’ils ont purgé la quasi totalité de leur peine.
Estimant que "l’affaire Matoub n’est toujours pas jugée" et revendiquant plus que jamais une enquête sérieuse, une reconstitution des faits et une expertise balistique, la famille du chanteur a décidé de déposer une deuxième plainte, contre X cette fois, pour qu’une nouvelle enquête soit ouverte. Les avocats des deux prévenus ont annoncé pour leur part un pourvoi en cassation auprès de la Cour suprême.
En forme d’hommage à la langue et à la culture berbères que Lounès Matoub s’est toujours efforcé de défendre et de préserver, le dixième anniversaire de sa disparition a été l’occasion d’une évocation amicale et fraternelle de l’artiste assassiné le 25 juin 1998, par un groupe armé dans des circonstances non encore élucidées, sur la route de son village près de Tizi Ouzou. A l’initiative de la Fondation Matoub Lounès et de nombre d’associations, des hommages lui ont été rendus un peu partout en Algérie et ailleurs.
Outre des expositions, des conférences débats et l’inauguration de stèles et de fresques annoncées, ici et là, à Bejaïa, El Kseur, Sidi Aich, Draa El-Mizan, Azazga, Mekla, Tizi Rached, Tizi Ouzou ou Alger, la Maison de la Culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou a accueilli une journée d’étude consacrée à son œuvre poétique, une exposition, une pièce de théâtre, des projections et un concours de poésie. Il y a également été question de piratage de son oeuvre.
Le 25 juin 2008, dans son village de Taourirt-Moussa, un rassemblement a eu lieu avec prise de parole de sa famille, dépôt de gerbes de fleurs et waâda à sa mémoire.
Des hommages lui ont aussi été rendus en France, au Maroc, au Canada, en Grande Bretagne et en Australie. Paris a ainsi accueilli un rassemblement, avec diffusion de musique et projection sur grand écran d’images sur l’artiste. Après Saint Martin d’Hères, Vaulx en Velin, Aubervilliers et Pierrefitte, Bertrand Delanoë, le maire de Paris, devait baptiser une rue de la capitale française du nom de Lounès Matoub dans le 19è arrondissement. Celle-ci est située entre le boulevard MacDonald et la rue Emile Bollaert, en bordure du square Claude Bernard, dans un quartier en pleine restructuration.
Ce devait être également le cas à Marseille et Nancy.
Né en 1956 à Taourirt-Moussa, Lounès Matoub s’est d’abord fait connaître en animant des fêtes familiales, avant d’enregistrer son premier tube "Ayizem" (Le lion). Il séjourne ensuite à Paris, devenue le passage obligé de la chanson kabyle. Produit par Azwaw, le label créé par Idir, son album Ahya Thilawin (Ah les femmes) connaît un énorme succès. Dès lors, Lounès Matoub va multiplier les enregistrements et les concerts, dans des salles comme dans des stades, devenant rapidement l’une des têtes d’affiche de la revendication culturelle berbère.
L’artiste, qui s’embarrassait peu de précautions oratoires pour clamer ses opinions, est grièvement blessé à un barrage de gendarmerie en 1988. Le 25 septembre 1994, il est victime d’un enlèvement attribué aux GIA. Sa libération au bout de deux semaines est consécutive à une impressionnante mobilisation populaire en Kabylie.
Chanteur, compositeur et parolier à succès, Lounès Matoub est l’auteur de plus d’une trentaine de disques et cassettes dans la tradition du chaâbi. À Paris, où il a régulièrement fait le plein au Palais des Congrès et au Zénith, il a publié Rebelle, un récit autobiographique paru en 1995. Malgré les risques encourus, il s’était résolu à rentrer en Algérie. Son assassinat a achevé d’en faire l’icône de la jeunesse de Kabylie. (Photo D.R.)
28 juin 2009, Hommage à Lounès Matoub, Zénith de Paris, 211, avenue Jean Jaurès, Paris 19è
10 juin - 5 juillet 2008, 10è anniversaire de l’assassinat de Lounès Matoub
Discographie sélective :
Sserhass ayadu
(Virgin-EMI, 2000)
Lettre ouverte aux...
(Virgin-EMI, 1998)
Au nom de tous les miens
(Créon/Mélodie, 1997)
La complainte de ma mère
(Créon/Mélodie, 1996)
Thissirth n’endama
(Créon/Mélodie, 1995)
Kenza (La famille qui avance)
(Créon/Mélodie, 1994)
L’ironie du sort
(Mélodie, 1989
Aurifur
(Mélodie, 1983)
Lire :
Lounes Matoub Revue Altermed, n° 2, juin 2008 (Paris, Ed. Non Lieu)
Matoub Lounès : Mon nom est combat (Anthologie)
Traduction de Yalla Seddiki
(Paris, La Découverte, 2003)
Pour l’amour d’un Rebelle
de Nadia Matoub
(Paris, Robert Laffont, 2000)
Matoub Lounes, mon frère
de Malika Matoub
(Paris, Albin Michel, 1999)
Le Rebelle
de Lounès Matoub
(Paris, Stock, 1995)