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  Germaine Tillion, ethnologue et résistante

Germaine Tillion s’est éteinte samedi 19 avril à son domicile de Saint-Mandé dans le Val-de-Marne. Elle aurait eu cent un ans le 30 mai. Après le Musée de Bretagne à Rennes (janvier-mai), l’exposition "Germaine Tillion, ethnologue et résistante" sera visible, à partir du 30 mai, au Musée de l’Homme à Paris.

Initialement conçue en 2004 par le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, l’exposition est ici enrichie, avec le concours du Musée de l’Homme, par des objets marquants de la vie de Germaine Tillion provenant du Musée du Quai Branly. On peut y voir des "poteries, tissages, petite vannerie et objets de l’alimentation, témoignages des activités des femmes ; vêtements d’hommes et de femmes, base de l’analyse de la société maghrébine, et par extension méditerranéenne en terme de structure de parenté ; objets sauvés du camp de Ravensbrück, correspondances et stratagèmes par lesquels Germaine Tillion préparait déjà ses futurs travaux d’analyse".

Opérette-revue en trois actes, écrite fin 1944 durant sa détention au camp de Ravensbrück, "Le Verfügbar aux Enfers" n’a été publié qu’en 2005 aux éditions de La Martinière. Le texte, finalement créé en juin 2007 au Théâtre du Châtelet à Paris, entremêle -façon cabaret- théâtre, chant et humour pour garder le moral et résister aux ravages de l’univers concentrationnaire. "Verfügbar", qui signifie disponible, désignait les déportées sans affectation ni travail précis et donc corvéables à merci.


Accueillie début 2005 au Musée dauphinois à Grenoble, sous le nom de "Germaine Tillion. Itinéraire et engagements d’une ethnologue", l’exposition qui lui est consacrée a ouvert ses portes le 19 novembre à Marseille, dans la Tour du Roy René au Fort Saint-Jean. Rebaptisée "Aurès, Ravensbrück, droits des femmes... Germaine Tillion, les engagements d’une ethnologue", l’exposition était exceptionnellement visible du 11 au 13 novembre pendant les Rencontres Averroès.

Tout au long de sa vie, cette ethnologue et résistante peu connue du grand public "s’est battue contre la pauvreté, la torture, la peine de mort et a lutté pour la scolarisation en Algérie, le droit des prisonniers français à étudier et celui des femmes à l’instruction". Appuyée par des photos, des objets et de nombreux documents originaux, l’exposition s’articule en trois parties qui éclairent l’itinéraire et les engagements de sa vie : "L’Algérie de Germaine Tillion", "Ethnologue en résistance" et enfin "Défendre la cause des femmes".

La première partie de l’exposition revient aux missions effectuées à partir de 1934 dans les Aurès. Encouragée par Marcel Mauss, elle a 27 ans lorsqu’elle se joint à Thérèse Rivière pour une étude sociologique d’une tribu berbère semi-nomade et sa recherche va durer jusqu’en 1940.
Plus tard missionnée par le gouvernement français aux premières heures de la guerre d’Algérie, elle découvre l’exode des paysans appauvris et la misère des bidonvilles. Elle préconise des mesures d’urgence en matière d’éducation populaire et sera à l’origine de la création des Centres sociaux. Durant cette période, elle donne de la voix contre la montée de la violence contre les civils et l’usage de la torture.

Entre ces deux séjours algériens, elle retourne en France en mai 1940 et s’engage dans la résistance en intégrant l’embryon du futur réseau du musée de l’Homme. Arrêtée en août 1942, elle est déportée en octobre 1943 à Ravensbrück où elle passera un an et demi en captivité au block des NN, Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard), l’élite intellectuelle du camp. L’ethnologue va "mobiliser l’expérience acquise en Algérie pour mieux analyser la structure du camp", "comprendre la logique de son fonctionnement" et "déchiffrer ce terrible univers pour survivre". Egalement à Ravensbrück, sa mère Émilie est gazée en mars 1945.
"Si j’ai survécu, confiera Germaine Tillion, je le dois d’abord et à coup sûr au hasard, ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler ces crimes et enfin, à une coalition de l’amitié." (Ravensbrück, 1988).
Libérée par la Croix-Rouge suédoise en mai 1945, elle consacrera une part de son activité à poursuivre l’étude du système concentrationnaire nazi.

Dès le milieu des années 50, Germaine Tillion va reprendre ses voyages d’études sous le couvert du CNRS. Devenue directrice de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales, elle dirige des travaux sur la littérature orale maghrébine, effectue des missions sur le terrain notamment chez les Touareg et observe la condition des femmes.
Entamée dans les Aurès, son analyse de la sujétion des femmes et de leur statut social et économique va s’affiner dans les années soixante. En 1961, elle est mandaté par l’Organisation Mondiale de la Santé pour une enquête sur la condition des femmes qui la conduit dans dix pays du Maghreb et du Proche-Orient. "À notre époque de décolonisation généralisée, notait Germaine Tillion dans "Le Harem et les cousins" (1966), l’immense monde féminin reste à bien des égards une colonie".



30 mai - 8 septembre 2008, "Germaine Tillion. Ethnologue et résistante", Paris / Musée de l’Homme



-  24 janvier - 4 mai 2008, "Germaine Tillion. Ethnologue et Résistante", Rennes / Musée de Bretagne

-  24 mai - 5 juin 2007 "Résistance(s) : itinéraires et engagements de Germaine Tillion", Théâtre du Châtelet, Foyer Nijinski, Paris 1er
-  19 novembre 2005 - 3 avril 2006, "Aurès, Ravensbrück, droits des femmes... Germaine Tillion, les engagements d’une ethnologue", Marseille, Tour du Roy René, Fort Saint-Jean, Quai du Port, 13002 Marseille, Tel. : 33 (0)4 91 91 84 57
-  4 février - 8 mai 2005, "Germaine Tillion. Itinéraire et engagements d’une ethnologue", Musée dauphinois, Grenoble
-  27 mai - 14 novembre 2004, Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, 14, avenue Berthelot, 69007 Lyon, Tel. : 04 78 72 23 11



+ d’info sur www.germaine-tillion.org

Lire aussi
Bibliographie de Germaine Tillion
L’Algérie Aurésienne


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