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  Femmes d’Alger dans leur appartement

Exposé au Salon de 1834, aussitôt acquis par Louis-Philippe, Femmes d’Alger dans leur appartement d’Eugène Delacroix a suscité nombre d’opinions admiratives de Renoir, "il n’y a pas de plus beau tableau au monde", de Cézanne, "ces roses pâles et ces coussins brodés, cette babouche, toute cette limpidité, je ne sais pas moi, vous entrent dans l’œil comme un verre de vin dans le gosier, et on en est tout de suite ivre", et de Théophile Gautier, "les Femmes d’Alger ne le cèdent, pour la finesse et le clair-obscur, à aucune production vénitienne".
Il y eut également Charles Baudelaire qui voyait dans "ce petit poème d’intérieur, plein de repos et de silence, encombré de riches étoffes et de brimborions de toilette," un "je ne sais quel haut parfum de mauvais lieu qui nous guide assez vite vers les limbes insondés de la tristesse", et Victor Hugo, qui estimait que ces "Femmes d’Alger, cette "orientale" étincelante de lumière et de couleur, sont le type même de laideur exquise propre aux créatures féminines de Delacroix".

Près d’un siècle et demi plus tard, l’écrivaine algérienne Assia Djebar fait remarquer que "si le tableau de Delacroix inconsciemment fascine, ce n’est pas en fait pour cet Orient superficiel qu’il propose, dans une pénombre de luxe et de silence, mais parce que, nous mettant devant ces femmes en position de regard, il nous rappelle qu’ordinairement nous n’en avons pas le droit. Ce tableau lui-même est un regard volé". Un peu plus loin, Assia Djebar prend soin d’ajouter : "Ce regard-là, longtemps on a cru qu’il était volé parce qu’il était celui de l’étranger, hors du harem et de la cité. Depuis quelques décennies -au fur et à mesure que triomphe ça et là chaque nationalisme-, on peut se rendre compte qu’à l’intérieur de cet Orient livré à lui-même, l’image de la femme n’est pas perçue autrement : par le père, par l’époux et, d’une façon plus trouble, par le frère et le fils". in Femmes d’Alger dans leur appartement (Editions des Femmes, 1980 et Rééd. ; Albin Michel, 2002 ; LGF - Livre de Poche, 2004)
Rachid Boudjedra estime pour sa part que Delacroix "portait sur cette réalité algérienne un regard de pacotille et de bimbeloterie. Nous sommes en 1834. Le canon tonne et Alger est à feu et à sang. L’intimité de ce gynécée, même si le tableau est -en soi- d’une très belle facture, a quelque chose de gênant et de faux". in Peindre l’Orient (Zulma, 1996).

Durant l’hiver 1954, alors que débute la guerre d’Algérie, Picasso revisitera ce tableau de Delacroix, dont il tirera quinze toiles et deux lithographies portant toutes le titre de Femmes d’Alger. (photo Femmes d’Alger dans leur appartement d’Eugène Delacroix, 1834, Huile sur toile, 180 cm x 229 cm, © Musée du Louvre, Paris)

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