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Marc Riboud, Algérie / Indépendance |
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Durant l’été 2003, le musée de la Mer à Cannes invitait à découvrir "une sélection d’images inédites sur l’Algérie" de Marc Riboud qui a donné au photojournalisme quelques unes de ses icônes. Plus de cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, ces photographies sont enfin accessibles sous la forme d’un album particulièrement précieux des journées d’ébullition populaire de l’été 1962 (Ed. Le Bec en l’air). Le livre s’ouvre sur la semaine des barricades des partisans de l’Algérie française (janvier 1960), en soutien au général Massu, séquence qui correspond au premier séjour de Marc Riboud en Algérie. "La première fois était très importante, à cause de l’OAS et surtout des barricades, confiait-il dans un entretien au quotidien El Watan (4 juin 2009). J’ai vu les titres des journaux et j’ai compris que c’était important ce qui se passait en Algérie." Membre de la prestigieuse agence Magnum, le photographe est de retour en 1962 durant l’été des manifestations de la libération. L’indépendance de l’Algérie pour moi était le temps des choix, des choix politiques. [...] C’est des réflexes, c’est instinctif les choix. Le regard est curieux. Il faut bien voir sans regarder parce que le regard dérange. Et là, ajoute-t-il, j’ai eu un coup de cœur." Le voilà donc comme l’un des rares photographes, souvent même le seul sur le terrain, à armer son boitier et déclencher pour fixer les foules des manifestants, d’hommes surtout, mais aussi d’enfants mimant les gestes de la guerre et de femmes manifestant leur joie, se déplaçant en masse pour voter ou faire don de leurs bijoux au profit de la jeune république désargentée. Beaucoup de drapeaux et de cortèges défilent devant le viseur de Marc Riboud où l’on aperçoit Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider, Krim Belkacem et Mohamed Boudiaf, Tayeb Boulahrouf et Mohamed Seddik Benyahia, sans oublier Jacques Chevallier votant oui au référendum d’autodétermination, avec en arrière plan les dégâts des plasticages de l’OAS, les files d’Européens d’Algérie sur le départ ou de Gaulle à la télévision. Et puis il y a cette fameuse séquence où, se trouvant sur une route de montagne en Kabylie, trois semaines avant la proclamation de l’indépendance, il croise plusieurs milliers de personnes rassemblées et fait la rencontre de Krim Belkacem. "J’ai vu alors tout ce que vous avez vu dans les photos, qui sont parmi mes meilleures photos, et il n’y avait pas un photographe." Il y avait là notamment ce couple de l’OAS arrêté avec des explosifs dans la malle de leur voiture. Mais contre toute attente et alors que tout laisser présager le pire, à l’issue de longues minutes de délibérations sous haute tension, le couple est finalement relâché. Durant ces journées de l’été 62, le photographe, qui a rejoint les maquis du Vercors en 1943-44, dit avoir retrouvé "l’atmosphère de maquis [...] connue dans la résistance, des mitraillettes contre les murs, des ordres qui passaient...". Sitôt rentré à Paris, il va directement au labo développer ses films. "J’avais passé la nuit pour attendre de voir les contacts, se souvient-il. C’est terriblement important, c’est ce qui m’a permis d’avoir un style de photo". Les photos d’Algérie de Marc Riboud, paraîtront sur six pages dans Paris Match. Tout ce passage de témoin d’un monde à l’autre avec son air de fin d’époque pour certains et de folles réjouissances pour les autres, ses visages joyeux et graves, ses murs chargés de slogans édifiants, tout cela aurait pu disparaître, sitôt les clameurs de la liesse populaire retombées, devenir poussière de la mémoire sans laisser de traces. Mais voilà, le photographe était là pour en retenir en images l’ineffable éclat. L’ouvrage se clôt sur des clichés du Festival culturel panafricain de juillet 1969. Dans sa préface, Jean Daniel parle des photos de Marc Riboud comme d’un album de famille, à partir de quoi "chacun peut reconstituer son monde". "Par inclination personnelle, note Malek Alloula dans sa contribution, Marc Riboud n’est pas tellement à l’aise sous les habits du photographe de presse et ignore tout de la "passion de l’actualité"". "Les photographes de presse avec leur jargon et leurs plaisanteries formaient une confrérie dont je me sentais exclu, écrira Marc Riboud, jusqu’à ce que, lors de l’indépendance de l’Algérie, je partage avec eux cette passion de l’actualité. Les courses folles pour bien se placer, l’instinct qui nous porte toujours en tête d’un cortège pour le précéder et non le suivre, pour faire face aux visages, aux regards toujours plus près". Seloua Luste-Boulbina, qui signe l’autre texte de l’ouvrage, rappelle si besoin est que, excepté au Nord-Viêt Nam, sous les bombardements américains, il est un photographe de paix.... Ironie de l’histoire, l’agence Magnum que Marc Riboud a rejoint en 1955 n’a pratiquement pas couvert la guerre d’Algérie. Figure fondatrice de l’agence avec Robert Capa et mentor de Marc Riboud, Henri Cartier-Bresson s’en est ouvert à Abderahmane Djelfaoui lors des rencontres d’Arles en 1997. "Je voulais y aller et photographier, mais Roger Théron de Match (que je connaissais et qui a utilisé tous les reportages de Magnum que nous faisions dans le monde) m’a dit : "Si tu vas là-bas, tu seras entre les mains de la police militaire et tu ne pourras rien faire ; abstiens-toi ! Voilà... Nous avons traîné nos guêtres dans les différents pays du monde, mais nous n’avons rien sur la guerre d’Algérie ! [...] Un de nos amis photographes, un Hollandais (Kryn Taconis, ndlr), a quand même réussi à y aller et à faire de très bonnes photos, mais Magnum n’a pas pu encore les diffuser ! Alors, concernant l’Algérie, il y a un trou, pas dans la mémoire mais dans les archives. (Algérie, Littérature/Action, Entretien avec A. Djelfaoui par Christiane Chaulet-Achour, Alger, septembre 1997)
Vidéo > Marc Riboud > "France 2 - "Les 5 dernières minutes", (J.-T. du 22 janvier 2010, à 37 min., 36)
April 23 - June 6, 2010, Rétrospective Marc Riboud : "The instinctive moment" (L’Instinct de l’instant), Beijing / Art Museum of the Central Academy of Fine Arts
March 12 - May 1, 2010, Marc Riboud Photographs, Berkeley / Graduate School of Journalism
10 de março - 25 de abril 2010, Retrospectiva Marc Riboud, Universidade de Fortaleza (Unifor) / Espaço Cultural
March 6 - April 2, 2010, Rétrospective Marc Riboud : "The instinctive moment" (L’Instinct de l’instant), Shanghai Art Museum, 325 Nanjing West Road, Shanghai
20 novembre 2009 - 27 février 2010, "United Colors", exposition de photographies, Paris / Polka Galerie, Cour de Venise, 12, rue Saint Gilles, Paris 3e
23 janvier - 18 avril 2004, "Photographier la guerre d’Algérie", Hôtel de Sully, 62, rue Saint-Antoine, Paris 4è, Tel. : 01 42 74 47 75
28 juin - 28 septembre 2003, "Marc Riboud en Algérie", Musée de la Mer, Ile Sainte-Marguerite, Cannes, Tel. : 33 (0)4 93 38 55 26
Algérie / Indépendance Photographies de Marc Riboud Préface de Jean Daniel Textes de Malek Alloula et Seloua Luste-Boulbina (Manosque, Le Bec en l’air, 2009) Parution : 30 octobre (A paraître, Alger, Barzakh, 2010) |
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Marc Riboud
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