Accueilli en résidence à la Henry Art Gallery (Seattle, WA, USA), Kader Attia y expose jusqu’au 25 mai. Qu’il s’agisse de "Rochers Carrés", une composition déclinée à "Art Paris 2008" et qui n’est pas sans rappeler ces masses de béton agrégées en quinconce pour résister à la fureur des vagues, ou encore de "Ghosts", entreprise à Berlin, Haifa, Vienne et Boston et réalisée ici, à plus grande échelle, dans un alignement inquiétant de femmes assises dans la position de la prière, des sculptures en aluminium sans visages sous le capuchon, ses récentes installations continuent à explorer des thématiques chères à l’artiste comme l’abondance et le dénuement, le vide et le plein, la présence et l’absence, ou encore les questions liées à l’identité et à la perte. Lecteur du philosophe chinois Lao Tseu, notamment lorsque ce dernier écrit "ainsi, l’homme construit des objets, mais c’est le vide qui leur donne sens", l’artiste a fait figurer cette citation dans son exposition. En novembre à Boston, la citation était déjà au cœur de "Momentum 9 : Kader Attia", sa première exposition solo aux Etats-Unis.
"Flying Rats" de Kader Attia (image ci-contre) avait été acquise pour 60 000 € en 2005 auprès de la galerie Kamel Mennour à Paris. La pièce de très grand format, qui faisait partie de la collection du marchand génevois Pierre Huber, a été mise en vente le 26 février 2007 chez Christie’s à New York. Elle a été enlevée par un acheteur britannique pour la somme de 90 000 $.
Jusqu’au 7 janvier dernier, le Magazin - Centre d’art contemporain de Grenoble présentait "Tsunami", une création de l’artiste qui s’étend sur une surface de 600 m2, plus de 40 mètres de longueur, 14 mètres de largeur et jusqu’à 15 mètres de hauteur. Construite sur place, cette pièce monumentale en tôle ondulée galvanisée se soulève pour créer des vagues dans son énorme masse métallique. Evoquant tout à la fois le Tsunami du 26 décembre 2004, les réticences des Etats-Unis à ratifier le protocole de Kyoto ou les inquiétudes nées de l’état du monde et d’une pauvreté croissante, indécente et violente, Kader Attia estime que "notre société est à l’image de cette vague d’acier, composée d’éléments rudimentaires - la tôle ondulée : elle monte très très haut et donne l’impression qu’elle va d’un moment à l’autre s’écrouler sur elle-même, détruisant tout sur son passage...".
Durant le mois de juin précédent, l’artiste constituait l’une des attractions de la foire de Bâle avec "Infinities", une installation de mèches géantes de perceuse en rotation qui traversent, du plafond au plancher, une galerie tapissée de miroirs. L’an dernier déjà, "The Loop", un chapiteau qui célébrait les noces inattendues du rap et du soufisme, avait été acquis par Simon de Pury, le patron de la maison de ventes Phillips basée à Zurich. Cet été, c’était au tour du musée d’art contemporain de Lyon de lui consacrer - en association avec le Magazin - Centre national d’art contemporain de Grenoble, une première exposition monographique avec un ensemble d’oeuvres. On pouvait notamment y voir "Fridges", une installation qui créé l’illusion saisissante d’un ensemble d’immeubles de banlieue à partie de 152 réfrigérateurs désossés et repeints.
Une première monographie éponyme*, parue en octobre 2006 aux éditions JRP-Ringier à Zurich, a été publiée à l’occasion de la double exposition organisée par le musée d’Art contemporain de Lyon et le Magasin, Centre national d’Art contemporain de Grenoble.
Figure montante du marché depuis plusieurs années, Kader Attia a vu son travail montré dans de grandes biennales comme Venise ("Dream Machine", 2003), ArtBasel à Miami ("The Sweat Shop" [Hallal 2]), 2004), ArtBasel à Bâle ("The Loop", 2005 et "Infinities", 2006), Lyon ("Flying Rats", 2005) ainsi qu’à la FIAC 2005 à Paris où il était nommé pour le prix Marcel Duchamp. Nées aux croisements de problématiques et d’un vécu personnels, "de phobies enfouies", ses créations qui mêlent installations, photographie, vidéo, dessins et peintures murales continuent d’interroger le monde avec un réalisme distancié et grinçant qui ne manque pas d’humour.
L’artiste s’était déjà illustré avec "Flying Rats", une oeuvre polémique exposée à la Biennale de Lyon. Il s’agissait cette fois d’une volière géante en forme de cour de recréation avec 150 pigeons et quelque 40 mannequins d’écoliers en céréales. Dans cette métaphore cruelle sur la fuite de l’enfance, les pigeons ont progressivement pris possession des lieux et dévoré les enfants. "Flying rats, se souvient-il, personne n’en voulait, et puis finalement elle est bien partie dans une collection suisse à 60 000 euros !".
Dans l’exposition "Notre histoire" au palais de Tokyo à Paris, il exposait une arabesque murale. Quand on s’en approchait, sa calligraphie de style Koufi, formée de signes graphiques à angles droits, se révèlait être faite de dizaines de tonfas, les fameuses matraques de police. Soucieux de n’être pas ramené aux seuls thèmes de la banlieue, des émeutes de novembre 2005 et de leur répression, il redonnait une seconde vie à cet objet à travers, pour reprendre ses mots, "une rêverie poétique qui fait le grand écart entre la calligraphie d’origine musulmane et la peinture moderne comme celle de Mondrian".
Kader Attia confiait encore récemment, "J’aime que le spectateur soit impliqué dans l’oeuvre. Passer la porte avec les couteaux à Lyon ou entrer dans le long tunnel avec ses mèches de perceuses tournantes à Bâle est une sacrée expérience qui donne le tournis. De même que se retrouver au milieu de ma forêt d’araignées faite de simples carcasses de parapluies retournée s devient un cauchemar claustrophobe." (Le Figaro, 17 juin 2006)
L’exposition "Notre histoire" au Palais de Tokyo projetait également "Correspondance" (14 min., format DVD, 2002-2003). Pour les besoins de ce diaporama qui alterne images fixes et quelques courtes séquences animées, il "a d’abord adressé à sa famille en Algérie une série de clichés photographiques de ses proches vivant en banlieue parisienne. Il s’est ensuite rendu dans son pays d’origine pour y réaliser des images et donner une réponse à ce premier geste. L’artiste s’inscrit alors comme un messager entre ces deux mondes qui avaient cessé de communiquer. Une bande son composée d’extraits de musiques et d’émissions de radio de la bande FM accompagne le diaporama.
Kader Attia est en outre l’auteur de "Alter Ego", une seconde série consistant en des portraits en pied d’individus fréquentant le Café Chéri(e) qu’il a ouvert, un temps, au sein du quartier de Belleville à Paris. Pour lui, "le portrait matérialise la relation, le temps nécessaire pour connaître une personne : ses costumes, sa sexualité, son quotidien... Faire des portraits est un acte naturel, instinctif, humain. C’est un dialogue à deux. Qui évolue au fur et à mesure de la rencontre. On ne cesse jamais de construire un portrait".
Né en 1970 en France, de parents algériens, Kader Attia a suivi l’enseignement de l’École supérieure des Arts appliqués "Duperré" (1993), de l’Ecole des Arts appliqués "La Massana" à Barcelone (1993-94), puis de l’Ecole supérieure des Arts décoratifs à Paris (1996-98). Ses créations abordent les questions "du déracinement, de l’identité, de la sexualité ou encore des rapports socioéconomiques qui déterminent nos vies". (Flying Rats, Photo D. R.)
* Kader Attia
(Zurich, Editions JRP-Ringier, 2006)
(Introduction d’Yves Aupetitallot et Thierry Raspail | "La Voie du Bonheur" par Tami Katz-Freiman | Entretien avec Jean-Louis Pradel | Biographie et bibliographie)
2 - 7 avril 2008, "Traversées", Art Paris 2008, Grand Palais, avenue Winston Churchill, Paris 8è
19 - 22 March 2008, Art Dubaï 2008, Madinet Jumeirah
February 29 - May 25, 2008, "Kader Attia : New Work", Seattle / Henry Art Gallery, Faye G. Allen Center for the Visual Arts, University of Washington, Seattle
December 14, 2007 - January 26, 2008, (Boston (MA, USA) / Samson Projects
November 14, 2007 - March 03, 2008, "Momentum 9 : Kader Attia", Boston (MA, USA) / Institute of Contemporary Art (ICA)
14 November 2007 - 29 Februar 2008, "Suite Française", Wien / Krinzinger Projekte
18 - 22 octobre 2007, Paris / Fiac 2007, / Galerie Anne de Villepoix
21 September - 13 January 2008, "Square Dreams", Newcastle, UK / BALTIC Center for Contemporary Art
Voir : "Correspondance" (2003), in "Repères" (Installation permanente du musée), Cité nationale de l’Immigration, Paris / Palais de la Porte dorée
10 juillet - 15 octobre 2007, Saint Tropez / L’Eté Culturel 2007 / Dialogues Méditerranéens, La Citadelle, Quartier Citadelle, 83990 Saint-Tropez, Tel. : 33 (0)4 94 54 84 14
2 juin - 26 août 2007, "Who Cares ?" de Kader Attia, Haifa Museum of Art, 26 Shabbetai Levi Street, Haifa, Tel. : 04-8523255
28. April - 02. Juni 2007, "Do What you Want, but Don’t Tell Anybody" (Arab proverb), Galerie Christian Nagel, Berlin
29 mars - 1er novembre 2007, "L’Emprise du lieu", Pommery Expérience#4 par Daniel Buren, Reims / Domaine Pommery, place du Général Gouraud, Tel. : 03 26 61 62 56
22 octobre 2006 - 7 janvier 2007, Jonathan Meese : "Mama Johnny" / Kader Attia : "Tsunami", Le Magasin, Centre national d’art contemporain de Grenoble, 155 cours Berriat, Site Bouchayer-Viallet, Grenoble
7 octobre 2006, Paris / 5è Nuit blanche, Halle Pajol, 22 ter, rue Pajol, Paris 18è
16 juin - 13 août 2006, Musée Art Contemporain de Lyon
14 - 18 juin 2006, "Infinities", Art 37 Basel, 37e Foire d’art contemporain de Bâle
10. Juni - 29. Juli 2006, "Take a Walk on the Wild Side", Zurich / de Pury & Luxembourg, Limmatstrasse 264, 8005 Zürich, Fon : + 44 276 80 20
12 - 14 mai 2006, Projection de "Correspondance" de Kader Attia, Notre histoire, Paris / Palais de Tokyo
March 23 - May 6, 2006, "Sweet Sweat", Stockholm / Andréhn Schipdjenko Gallery
March 12-13, 2006, New York / The Armory Show 2006 / Andréhn-Schiptjenko Gallery
21 janvier - 7 mai 2006, Prolongation : 9 - 25 mai 2006, Notre histoire. Une scène artistique française émergente, Paris / Palais de Tokyo
22 novembre 2005 - 22 janvier 2006, Regards des photographes arabes contemporains, Institut du Monde Arabe, Paris
October 21 - November 20, 2005, In Between Times, Tramway, Glasgow
14 septembre - 31 décembre 2005, L’Expérience de la durée, "Flying Rats", Biennale d’Art Contemporain de Lyon
6 - 10 octobre 2005, "Childhood", 32ème FIAC, Galerie Kamel Mennour, Paris Expo, Porte de Versailles
15 - 20 juin 2005, "The Loop", Art36Basel, 36e Foire d’art contemporain de Bâle
June 10 - July 24, 2005, Unique but not the only : Contemporary French Art (Singuliers), "Fortune Cookies", Guangdong Museum of Art , Guangzhou, (Canton, China)
May 7 - June 11, 2005, "Alter Ego", Sketch Gallery, 9 Conduit Street, W1S 2XG London, Tel. : + 44 (0)20 7706515
2 - 31 mars 2005, Change + Partner Contemporary Art, Via di Santa Chiara 57, Roma (Ita), Tel. : + 39 06.6833599
20 novembre 2004 - 12 février 2005, "Shadow", Herzliya Museum of Art, Israel
December 2 - 5, 2004, "The Sweat Shop", Art Basel Miami Beach, Convention Center, Florida
2 juillet - 10 octobre 2004, Re : Location 1-7/Shake, Villa Arson-Centre national d’Art contemporain, Nice
27 mai - 25 juillet 2004, Shake, OK Centrum für Gegenwartstkunst, Linz
27 février - 27 mars 2004, "Hallal", Galerie Kamel Mennour, 60, rue Mazarine, Paris 6è, Tel. : 01 56 24 03 63
21 novembre 2003 - 14 mars 2004, Voyages d’artistes - Algérie 2003, Espace EDF - Electra, 6, rue Récamier, Paris 7è
June 15 - November 2, 2003, "Fault Lines", Sogni e Conflitti (Dreams and Conflicts | Rêves et conflits), 50è Exposition internationale d’Art de la Biennale de Venise
12 juin - 14 août 2003, Ouvertures algériennes : créations vivantes, La Criée, Centre d’art contemporain, Rennes
19 avril - 14 mai 2002, "Alter Ego", Galerie Kamel Mennour, 60, rue Mazarine, Paris 6è, Tel. : 01 56 24 03 63