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  Le Grand Tableau antifasciste collectif (1960)

Le Grand Tableau antifasciste collectif a été peint à l’automne 1960 par une poignée d’artistes opposés à la "salle guerre" que menait la France en Algérie. 1960 est l’année de la "Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie", plus communément appelée le "Manifeste des 121", un appel, initialement signé par 121 intellectuels en France, qui prônait la désobéissance militaire et la fin de la guerre d’Algérie. Deux ans auparavant, le journaliste militant Henri Alleg publiait La Question dans lequel il décrivait les séances de torture endurées à Alger où il a été arrêté et détenu par les parachutistes du général Massu. A la fin du printemps 1960, on a en outre assisté à un vaste mouvement de soutien initié par le "Comité pour Djamila Boupacha", en défense de la militante algérienne arrêtée et torturée à Alger par des parachutistes français.

C’est dans ce contexte qu’est né ce tableau-collage expressionniste de grand format, haut de cinq mètres et large de six mètres, signé par le Français Jean-Jacques Lebel, les Italiens Enrico Baj, Roberto Crippa, Gianni Dova, Antonio Recalcati et l’Islandais Erró. Dans le cadre des Anti-Procès entrepris par Jean-Jacques Lebel et des proches, contre la guerre d’Algérie, la torture et le racisme, d’abord à Paris et Venise en 1960, le tableau est exposé durant la troisième et dernière édition à la galerie Brera de Milan, en juin 1961, en même temps que Flux de Sharpeville asexuée d’Erró qui représente un massacre de travailleurs noirs sous l’apartheid en Afrique du Sud. Sous le signe de l’anticolonialisme, l’Anti-Procès III à Milan réunit des œuvres d’une quarantaine d’artistes comme César, Lucio Fontana, Raymond Hains, Roberto Matta, Henri Michaux, Robert Rauschenberg, Jean Tinguely et Cy Twombly. On y retrouve également des signataires du "Manifeste des 121" comme Maurice Blanchot, Michel Leiris, Alain Resnais, Nathalie Sarraute et Jean-Paul Sartre.

Mais à peine dix jours après le vernissage, Le Grand Tableau antifasciste collectif tout comme Flux de Sharpeville asexuée d’Erró sont saisis pour offense à "l’honneur et au prestige du pape Jean XXIII" et "outrage à la religion d’État". Un geste de la Démocratie chrétienne italienne envers de Gaulle. Jean-Jacques Lebel est placé en garde à vue pendant que circule une pétition signée notamment par Michelangelo Antonioni, Federico Fellini, Alberto Moravia et Giorgio Strehler.

Restée 25 ans sous séquestre, retrouvée seulement en 1987 dans les caves de la préfecture de police de Milan, la toile pliée du Grand Tableau antifasciste collectif est enfin récupérée par Baj, mais dans un état lamentable. Flux de la Sharpeville asexuée ne sera, quant à elle, rendue à Erró qu’en 2013.

Exposé à l’hôtel de Invalides à Paris en 1992 ("La France en guerre d’Algérie"), au Centre Pompidou en 1996 ("Face à l’Histoire, 1933-1996"), puis au Musée d’art moderne de Vienne où il sera restauré en 1998, le Grand tableau antifasciste a également été montré à Milan et à Strasbourg en 2000, puis à Alger en 2008, durant l’exposition "Les Artistes internationaux et la révolution algérienne".
En 2014, il était visible au Louvre-Lens dans l’exposition "Les Désastres de la guerre" qui présentait 450 œuvres sur ce thème, depuis les campagnes napoléoniennes jusqu’à nos jours.
Le tableau est actuellement domicilié au Musée des Beaux-Arts de Caen.

Dans un entretien de 2009, Jean-Jacques Lebel confiait que "pour célébrer, si j’ose dire, le 50e anniversaire du Grand Tableau antifasciste, on en a peint un autre. A quatre : le peintre islandais Erró, Peter Saul, un américain très proche de nos idées, une italienne, Camilla Adami, et moi. On voulait tous hurler contre cette violence mécanique récurrente. On a refait un tableau, de trois mètres sur trois, dont les quatre parties sont permutables. Montré une première fois dans l’exposition "Soulèvements" à La Maison rouge à Paris en 2009, il était visible dans la première exposition du Fonds de dotation Jean-Jacques Lebel au Musée des arts de Nantes.



21 noviembre, 2018 – 22 abril, 2019, París pese a todo. Artistas extranjeros, 1944-1968 | "Paris without Regret. Foreign Artists, 1944-1968", Madrid / Museo Reina Sofía


- 30 mai 2018 - 3 septembre 2018, Jean-Jacques Lebel, l’Outrepasseur, Paris / Centre Georges Pompidou
- 23 juin 2017 - 18 mars 2018, "Itinéraires" : première exposition du Fonds de dotation Jean-Jacques Lebel, Musée d’arts de Nantes
- 29 novembre 2014 - 22 février 2015, Jean-Jacques Lebel, Alain Fleischer et Danielle Schirman : "Représenter l’irreprésentable", Nantes / Musée des Beaux-Arts
- 28 mai - 6 octobre 2014, "Les Désastres de la guerre. 1800-2014", Louvres-Lens
- 25 octobre 2009 - 17 janvier 2010, Jean-Jacques Lebel, Soulèvements, Paris / La Maison rouge
- 5 juin - 15 septembre 2013, Jean-Jacques Lebel, Soulèvements II, 1951-2013, Genève / Mamco
- 28 avril - 19 juin 2008, "Les Artistes internationaux et la révolution algérienne", Alger / Musée national d’art moderne et contemporain


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(Crédits | Photo 1 : Grand Tableau antifasciste collectif d’Enrico Baj, Roberto Crippa, Gianni Dova, Erró, Jean-Jacques Lebel et Antonio Recalcati, 400,5 x 497 cm, automne 1960 | Photo 2 : Tableau antifaciste collectif II, de Camilla Adami, Erró, Jean-Jacques Lebel et Peter Saul, 300 x 300 cm, 2009, Courtesy Fonds de dotation Jean-Jacques Lebel)



Lire :

- Épopée d’un tableau d’Erró kidnappé pendant cinquante-deux ans (The epic story of a painting by Erró kidnapped for fifty-two years) par Jean-Jacques Lebel
(Bergamo, Rafael Edizioni, 2014) [Diff. en France par Acratie, 86310 L’Essart]

- Grand tableau antifasciste collectif, textes d’Enrico Baj, Laurence Bertrand-Dorléac, Julien Blaine, Robert Fleck, Annie Gouëdard et Jean-Jacques Lebel, Laurent Chollet [coord.] (Paris, Dagorno, 2000)

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- Manifeste des 121. « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie »

Lire aussi


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