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  Gisèle Halimi

Pour les besoins d’un téléfilm sur l’avocate Gisèle Halimi et la militante algérienne du FLN dont elle a assuré la défense en 1960, Djamila Boupacha, la réalisatrice et scénariste Caroline Huppert a fait appel à Marina Hands (Lady Chatterley) et Hafsia Herzi (La Graine et le mulet). Intitulé Pour Djamila et produit par Barjac production pour France 3 et Arte, le film a été tourné en France et au Maroc. Pour Djamila a été montré une première fois le 20 mars 2012 sur France 3, en marge de la commémoration des accords d’Evian, signés le 18 mars 1962 et qui ont mis fin à la guerre d’Algérie.
Gisèle Halimi a auparavant été incarnée par Anouk Grinberg dans Le Procès de Bobigny, un téléfilm de François Luciani (2006).

En 2007, Serge Moati lui consacrait un portrait documentaire intitulé Gisèle Halimi, l’insoumise (Rediff., 23/07 sur France 5). Le film est l’occasion de retourner avec la célèbre avocate, de Paris à Tunis et Alger, sur le roman d’une vie de combats qui vont de son engagement auprès des nationalistes tunisiens et algériens aux luttes pour l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et les droits des femmes.

Aujourd’hui âgée de 85 ans et toujours sur la brèche, malgré l’âpreté des combats menés depuis un demi-siècle, Gisèle Halimi s’est tour à tour illustrée contre l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie, pour l’avortement libre, contre le viol et enfin pour l’abolition de la peine de mort et la parité hommes-femmes. Plusieurs livres reviennent sur les temps forts de la carrière très médiatique de l’Avocate irrespectueuse (2002), comme Djamila Boupacha (1962), Le Procès de Burgos (1971), Avortement : une loi en procès. L’affaire de Bobigny (1973), Viol : le procès d’Aix-en-Provence (1978), Choisir de donner la vie (1979), Femmes : moitié de la terre, moitié du pouvoir (1994) et enfin L’Etrange monsieur K. (2004), où elle est à l’origine de la révision du procès d’un ouvrier algérien, accusé en 1977 d’avoir sauvagement assassiné une vieille femme de son quartier et condamné à vingt ans fermes malgré l’absence de preuves. L’affaire mobilisera de nombreux intellectuels et artistes comme Claude Mauriac, Roland Barthes, Michel Foucault, Miou-Miou et Julien Clerc.
Initié avec La Cause des femmes (1973) et poursuivi avec Le Lait de l’oranger (1988), son cycle autobiographique a été clos par La Kahina, dans lequel Gisèle Halimi redonne vie à cette reine berbère au destin exceptionnel, qui commanda aux hommes et résista aux troupes du général arabe Hassan, des montagnes de l’Aurès aux plaines de l’oued Nini au VIIe siècle.

Née en 1927 à La Goulette en Tunisie, d’un père berbère et d’une mère juive, Gisèle Halimi a obtenu son brevet d’avocate à Tunis en 1948 avant d’entrer au Barreau de Tunis, puis de partir exercer à Paris en 1956. Durant la guerre d’Algérie, Gisèle Halimi devient l’un des avocats des militants du FLN. Elle se fera remarquer par sa défense de Djamila Boupacha qui fut accusée d’avoir déposé une bombe et torturée par des militaires français durant sa détention à Alger.
Quelques années plus tard, avec la guerre du Vietnam, lorsqu’est créé le tribunal Bertrand Russell pour "comprendre pourquoi le petit peuple de paysans [vietnamiens] endure depuis plus de vingt ans les assauts de la plus grande puissance industrielle de la terre, dotée des moyens militaires les plus modernes et les plus cruels", Gisèle Halimi préside la commission d’enquête générale du Vietnam. En deux sessions, se souvient l’avocate, le tribunal déclarera les États-Unis coupables d’utilisation d’armes interdites, de traitements inhumains des prisonniers, de traitements inhumains des populations civiles et de génocide."

Au tournant des années 70, elle participe aux grandes mobilisations féministes et fonde le mouvement "La cause des femmes" avec Simone de Beauvoir. Au printemps 1971, elle se charge de récolter les signatures pour un manifeste qu’un journal satirique appellera le "Manifeste des 343 salopes", dans lequel ces dernières déclaraient avoir avorté et profitaient de cette tribune pour réclamer le libre accès aux moyens anticonceptionnels et à l’avortement libre. Cette pétition contre une loi de 1920, qui faisait de l’interruption volontaire de grossesse un crime, a fait grand bruit et a été largement soutenue par le gratin culturel de l’époque, à l’image de Delphine Seyrig, Christiane Rochefort, Françoise Sagan, Catherine Deneuve et Marguerite Duras. Les pressions exercées dès lors contre quelques femmes, "déterminèrent à créer le mouvement "Choisir" pour les défendre, pour en être solidaires". Simone de Beauvoir en fut la présidente.

C’est l’année suivante qu’a lieu le célèbre procès de Bobigny, durant lequel l’avocate a défendu avec succès Michèle Chevalier alors jugée pour avoir aidé sa fille Marie-Claire, mineure, à avorter. Ce procès, qui donna l’occasion de dénoncer une loi hypocrite, ouvrait à sa façon la voie à la loi de 1975, adoptée par le Parlement français, autorisant l’interruption volontaire de grossesse. A l’issue du procès, "pour rompre avec le silence, le huis clos, la culpabilité des femmes", "Choisir" décida la publication des débats, interdite par la loi sur la presse.
Le procès de Bobigny fera la matière d’une fiction de François Luciani, diffusée en avril 2006 sur France 2, avec Anouk Grinberg dans le rôle de l’avocate.

Candidate sur les listes de gauche en 1967, aux élections législatives à Paris, députée socialiste de l’Isère sous le premier septennat de François Mitterrand (1981), elle comptait en 1998 parmi les fondateurs de l’association altermondialiste Attac. L’activiste palestinien Marouane Barghouti lui a également demandé d’être l’un de ses avocats, lors de son procès en 2004. (Photo D.R.)



Gisèle Halimi l’insoumise (Extrait, 17’48)


- 14 novembre 2012, Rencontre avec Gisèle Halimi, avocate, suivie du film Le Procès de Bobigny de François Luciani (2006), 12e Festival Résonances / Bobigny / Magic Cinéma
- 14 juin - 7 juillet 2012, "Les Femmes d’Alger" de Mustapha Boutadjine, Paris / Vivienne Art Gallery



Bibliographie

- Ne vous résignez jamais
(Paris, Plon, 2009)
- La Kahina
(Plon, 2006)
(Alger, Barzakh, 2007)
- L’Etrange monsieur K.
(Plon, 2004)
- Avocate irrespectueuse
(Plon, 2002)
- Fritna
(Plon, 2000)
- La Nouvelle cause des femmes
(*, 1997)
- Une embellie perdue
(Paris, Gallimard, 1995)
- Le Lait de l’oranger
(Gallimard, 1988 ; Folio, 1990)
- La Cause des femmes
(Gallimard, 1973)
- Le Procès de Burgos
Préface de Jean-Paul Sartre
(Gallimard, 1971)
- Djamila Boupacha
Préface de Simone de Beauvoir
Dessin de Picasso en couverture
Contributions de Robert Lapoujade et Roberto Matta
(Gallimard, 1962 ; Rééd., 2000)

En collaboration avec "Choisir"/La Cause des femmes :

- Le Procès de Bobigny
Préface de Simone de Beauvoir
Avec un texte inédit de Marie-Claire C.
(Nouvelle édition, Gallimard / "Choisir" - La cause des femmes, 2006)
- Femmes : moitié de la terre, moitié du pouvoir
(*, 1994)
- Choisir de donner la vie
(*, Collection Idées, 1979)

- Viol : le procès d’Aix-en-Provence
(*, Collection Idées, 1978)

- Avortement : une loi en procès. L’affaire de Bobigny
Préface de Simone de Beauvoir
(*, Collection Idées, 1973)



Filmographie

- Gisèle Halimi, l’insoumise de Serge Moati
(Doc., 52 min., Fr, 2007)

- Rediff. TV : 23 juillet 2010 à 21h30, 31/07 à 23h55 sur France 5
- 1ère Diff. TV : en 2007 sur France 5

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- Le Procès de Bobigny de François Luciani
(Fict., Fr, 2006)

- Diff. : 3 avril 2006 à 20h50 sur France 2

Lire aussi
Djamila Boupacha


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