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  62e Festival de Cannes

Le 62e Festival de Cannes a décerné sa Palme d’or à Das Weisse Band (Le Ruban blanc) de Michael Haneke qui
interroge "les abus de l’éducation ultra-répressive en vogue en Europe au début du XXe siècle". Pour le cinéaste autrichien, le film dissèque "les racines de n’importe quel terrorisme, politique, ou religieux". Michael Haneke a déjà été récompensé en 2001 par le Grand Prix attribué à La Pianiste, sans compter les deux prix d’interprétation décrochés par Benoît Magimel et Isabelle Huppert. Michael Haneke a ensuite obtenu le prix de la Mise en scène pour Caché en 2005.
Le Grand Prix du Jury est allé à un autre film particulièrement applaudi cette année Un prophète de Jacques Audiard. Un prix exceptionnel du Festival a enfin été remis à Alain Resnais, pour l’ensemble de son œuvre.

Cannes 2009 a été officiellement ouvert par l’auteur, compositeur et interprète Charles Aznavour et la comédienne Hafsia Herzi, en présence de la présidente du jury, l’actrice Isabelle Huppert. La cérémonie a été suivie par la projection de Up (Là-haut) de Pete Docter et Bob Peterson, un dessin animé américain en 3D relief du studio Pixar-Disney (Sortie : 29/07). Coco Chanel et Igor Stravinsky du Français Jan Kounen assurait, pour sa part, la soirée de clôture.

Au cœur d’une sélection officielle de 53 longs métrages provenant de 32 pays, dont 46 premières mondiales, la compétition a vu concourir 20 films en faisant la part belle à l’Europe et à l’Asie, à des habitués de la Croisette et à un bon nombre de lauréats de la Palme d’or comme le Britannique Ken Loach (Looking for Eric), le Danois Lars von Trier (Antichrist) ou l’Autrichien Michael Haneke (Das Weisse Band/Le Ruban blanc).

Déjà présent sur la Croisette comme membre du jury en 1992, puis avec Todo sobre me madre (Tout sur ma mère) en 1999, Parle avec elle en 2002, La mala educación (La Mauvaise éducation) en projection d’ouverture en 2004 et Volver, Prix du Scénario en 2006, Pedro Almodovar tentait de décrocher sa première Palme avec Los abrazos rotos (Les Etreintes brisées). On se souvient qu’il y a dix ans, Tout sur ma mère, qui avait connu un très grand succès public international, s’était contenté d’un Prix de la mise en scène à Cannes avant d’être oscarisé à Hollywood.
L’Italien Marco Bellocchio est revenu, lui aussi, avec Vincere qui relate l’histoire du fils illégitime de Benito Mussolini. La France avait quant à elle pas moins de quatre films en lice, dont Les Herbes folles d’Alain Resnais aujourd’hui âgé de 86 ans.

Chose plutôt rare, Quentin Tarantino était le seul Américain retenu en compétition cette année. Venu une première fois en 1992 avec Reservoir Dogs, Palme d’or en 1994 avec Pulp Fiction et président du Jury en 2004, il venait montrer le très attendu Inglourious Basterds.

Six films provenaient d’Asie, comme Vengeance du Hongkongais Johnnie To, Kinatay du Philippin Brillante Mendoza, Bak-jwi (Thirst/Ceci est mon sang) du Sud-Coréen Park Chan-wook, Taking Woodstock et Visage des Taïwanais Ang Lee et Tsaï Ming-liang. Avec The Time that Remains, le Palestinien Elia Suleiman traduisait à lui seul les espoirs des cinémas du Sud dans la compétition.

Cannes 2009 comptait trois femmes en compétition avec la Néo-Zélandaise Jane Campion (Bright Star), première réalisatrice à avoir remporté la Palme d’or en 1992 avec La Leçon de piano, l’Espagnole Isabel Coixet (Map of the Sounds of Tokyo) et la jeune Britannique Andrea Arnold (Fish Tank).

Plusieurs films étaient présentés hors compétition et parmi eux Agora d’Alejandro Amenabar, The Imaginarium of Doctor Parnassus (L’Imaginarium du Dr Parnassus) de Terry Gilliam, Drag Me to Hell (Jusqu’en enfer) de Sam Raimi et L’Armée du crime de Robert Guédiguian.

Grand absent de la compétition, cette année encore, le continent africain a du se contenter de la projection en séance spéciale de Min Yé (Ce qui est, en bambara), le 6è long métrage du cinéaste malien Souleymane Cissé dont, faut-il le rappeler, Finyè (Le Vent, 1982) fut sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, suivi du beau Yeelen (La Lumière, 1987) et de Waati (Le Temps, 1995), tous deux en compétition, Yeelen décrochant au passage le Prix spécial du jury.
Il fallait également relever, au programme de la Semaine internationale de la critique, la sélection en compétition de Adieu Gary de Nassim Amaouche avec Jean-Pierre Bacri. Après De l’autre côté en 2003 et Quelques miettes pour les oiseaux en 2005, un documentaire tourné à la frontière irakienne du côté jordanien, deux films sélectionnés et primés dans de nombreux festivals dont Cannes, Venise et Locarno, Adieu Gary est son premier long métrage (Sortie : 22/07).
Nous ne pouvions toutefois être complets sans mentionner la présentation, en séance spéciale, de My Neighbor, My Killer (Mon voisin, mon tueur) de la Franco-Américaine Anne Aghion sur la justice au Rwanda, avec l’instauration des tribunaux gacaca (prononcer ga-CHA-cha) et leur impact sur les survivants et les bourreaux, ou encore de The Silent Army (Wit Licht) du Néerlandais né au Congo (RDC) Jean Van de Velde, un film sur le sort des enfants soldats, tourné en Afrique du Sud et en Ouganda et qui figurait dans la sélection Un Certain Regard.

Précédemment dénommé "Cinémas du Sud" et devenu "Cinémas du Monde", installé sous les auspices de Culturesfrance, l’opérateur du ministère français des Affaires étrangères en charge des échanges culturels internationaux, ledit pavillon a été inauguré le 15 mai en présence de Gilles Jacob, président du Festival. Il a accueilli des projections, des tables rondes, des conférences et des déjeuners de travail, en présence de l’actrice française Juliette Binoche et du cinéaste mauritano-malien Abderrahmane Sissako, parrains de cette édition. L’occasion pour eux de rappeler que "certains pays d’Afrique n’ont pas plus de deux salles. A Dakar, la capitale du Sénégal, il n’y en a plus aucune. La dernière salle, Le Paris, vient de fermer". Juliette Binoche est vice-présidente de l’association "Des cinémas pour l’Afrique" créée à l’initiative de Abderrahmane Sissako. L’actrice et le président du Festival, Gilles Jacob, ont signé chacun un chèque de 5.000 euros pour acquérir de manière symbolique des fauteuils de cinéma afin de financer la restauration et la réouverture, prévue fin 2010, de Ciné Soudan à Bamako. Fermée depuis 14 ans, cette salle de 420 places sera ainsi la première salle numérique de l’Afrique sub-saharienne.
Au pavillon "Cinémas du Monde", une vingtaine de producteurs et réalisateurs présents, d’une quinzaine de nationalités, ont bénéficié d’un accompagnement pour présenter 6 longs métrages, 8 courts et 9 projets en développement et trouver des opportunités de développement à l’international.
Au chapitre long métrages, figuraient notamment Teza de l’Ethiopien Hailé Gerima (21/05), Prix Spécial du Jury à la Mostra de Venise 2008, Grand prix au Festival d’Amiens 2008 et Etalon d’or au récent Fespaco 2009, L’Absence du Guinéen Mama Keïta (17/05), Prix du meilleur scénario au Fespaco 2009, et Ouled Lénine de la Tunisienne Nadia El Fani (20/05). Du côté des courts métrages, on pouvait y voir Sektou (ils se sont tus) de l’Algérien Khaled Benaissa, lui aussi montré au Fespaco, Ressurect du Kenyan Vincho Nchogu et Didi & Gigi de la Sénégalaise Marie Ka.
Parmi neuf projets en développement, participant au programme Producers Network du Marché du Film de Cannes, citons And There in the Dust des Sud-Africains Lara Foot Newton et Gerhard Marx, Ouardia avait deux enfants de l’Algérienne Djamila Sahraoui, Morbayassa du Guinéen Cheick Fantamady Camara, L’Arche de Léon du Malien Salif Traoré et Diabou Ndaw, un film d’animation du Sénégalais Makéna Diop.
Un hommage a en outre été rendu à l’acteur malo-burkinabè Sotigui Kouyaté, 72 ans, qui a récemment été récompensé à Berlin de l’Ours d’argent du meilleur acteur pour son rôle dans London River de Rachid Bouchareb (21/05).

A noter aussi, la présence dans le jury de la Cinéfondation et des courts métrages du cinéaste tunisien Ferid Boughedir. Réalisateur, scénariste, critique et essayiste, auteur remarqué de Caméra d’Afrique et Caméra arabe, deux longs métrages documentaires présentés en sélection officielle à Cannes en 1983 et 1987, de Halfaouine en 1990, il fut tour à tour membre des jurys officiels de Cannes (1991), Berlin (1997), Venise (1999) et président de celui de Ouagadougou (2001). A noter enfin, à la tête du jury de la Caméra d’or qui récompense un premier film, la présence de l’acteur et réalisateur franco-marocain Roschdy Zem.

C’est la Française Isabelle Huppert qui présidait le jury de la 62ème édition. Remarquée en 1976 dans Le Juge et l’assassin de Bertrand Tavernier et adoptée dès l’année suivante avec La Dentellière de Claude Goretta, l’actrice a travaillé dans quelque 80 films et notamment avec Jean-Luc Godard, Maurice Pialat, Michael Cimino, Joseph Losey ou Marco Ferreri. Le Festival l’a déjà sacrée Meilleure actrice à deux reprises avec Violette Nozière (1978) de Claude Chabrol et La Pianiste (2001) de Michael Haneke. Elle a également été distinguée par un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise 2005.

Isabelle Huppert était épaulée par la comédienne américaine Robin Wright-Penn, l’Italienne Asia Argento, la Taïwanaise Shu Qi et l’Indienne Sharmilla Tagore, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, l’Américain James Gray et le Coréen Lee Chang-dong, et enfin l’écrivain anglo-pakistanais Hanif Kureishi, auteur de romans à succès et de scénarios comme My Beautiful Laundrette de Stephen Frears ou Intimité de Patrice Chéreau.

Cette année, la "Leçon de Cinéma" (19 mai) a été animée par les Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne déjà palmés par deux fois.

Attachée à présenter un cinéma de recherche et des découvertes, avec cette année 24 longs et 14 courts métrages, la 41è Quinzaine des Réalisateurs a créé la surprise en décrochant la projection (soirée d’ouverture) de Tetro, le dernier Francis Ford Coppola. Tourné en scope noir et blanc, le film s’attache à une famille d’émigrés italiens en Argentine et signe le retour du cinéaste, déjà lauréat de deux Palmes d’or, à des films plus personnels et plus proches de ses "premières passions".

La sélection Un Certain regard 2009, dont le jury était présidé par l’Italien Paolo Sorrentino, proposait 19 longs métrages dont ceux de quelques familiers du Festival comme le Coréen Bong Joon-ho avec Mother, le Philippin Raya Martin avec Independencia, le Français Alain Cavalier avec Irène ou encore Cristian Mungiu qui signe l’un des volets d’un ensemble de courts métrages réunis sous le titre de Contes de l’âge d’or et réalisés par quatre représentants de la nouvelle génération du cinéma roumain.

Les sélectionneurs de la 48è Semaine internationale de la Critique ont choisi, pour leur part, de retenir dix longs métrages dont neuf premiers films.

Cannes Classics, qui a été créée en 2004, proposait un programme de films restaurés ou retrouvés, dans le cadre de leur ressortie en salle ou en DVD. Parmi une dizaine de copies neuves et restaurées, figuraient L’Avventura de Michelangelo Antonioni (Ita, 1960), Giu’ La Testa (Il était une fois... la révolution) de Sergio Leone (Ita, 1971), Loin du Vietnam de Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch, Agnés Varda, Jean-Luc Godard, Chris Marker, Alain Resnais (Fr, 1967), The Molly Maguires (Traitre sur commande) de Martin Ritt (USA, 1970), Pierrot le fou de Jean-Luc Godard (Fr, 1965) et Senso de Luchino Visconti (Ita, 1954).

Créée à Cannes en 2007 et présidée par Martin Scorsese, la World Cinema Foundation a pour mission d’"aider les pays en voie de développement à sauvegarder leur patrimoine cinématographique". Cette année, la Fondation présentait A Brighter Summer Day d’Edward Yang (237 min., Taiwan, 1991) dans sa version longue, Redes d’Emilio Gomez Muriel et Fred Zinnemann (Mex, 1936) et Al-Momia (La Momie) de Shadi Abdel-Salam (Egy, 1969).

Crise économique oblige, le mot d’ordre était à la retenue au regard du grand déballage de luxe habituel. Mais la morosité n’a pas affecté la rubrique stars, paillettes et montées des marches sous le crépitement des flashs des photographes, avec l’arrivée de Brad Pitt et Diane Kruger (Inglorious Basterds de Quentin Tarantino), Penelope Cruz (Los abrazos rotos de Pedro Almodovar), Jude Law et Colin Farrell (The Imaginarium of Dr Parnassus de Terry Gilliam), Fanny Ardant et Laetitia Casta (Visages de Tsai Ming-liang), Monica Bellucci et Sophie Marceau (Ne te retourne pas de Marina de Van), Anna Mouglalis (Coco Chanel et Igor Stravinsky de Jan Kounen), Charles Aznavour qui prête sa voix au héros du film de Pete Docter, Johnny Hallyday (Vengeance de Johnnie To), Eric Cantona (Looking for Eric de Ken Loach) ou encore Mariah Carey et Lenny Kravitz (Precious de Lee Daniels).

L’affiche officielle du 62e Festival de Cannes est quant à elle signée Annick Durban. Inspirée d’un photogramme représentant Monica Vitti de dos dans L’Avventura (1960) du cinéaste italien Michelangelo Antonioni, elle se voulait invitation au cinéma, au mystère et au rêve.



- Le Palmarès de Cannes 2009



- 13 - 24 mai 2009, 62è Festival international du Film de Cannes

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