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  Hommage à Cheikha Rimitti

Dédiée à Cheikha Rimitti disparue au printemps 2006, la 16è édition du Festival du raï - à Oran et Aïn El Turck - a consacré une soirée au raï féminin avec une pléiade de célébrités comme Cheba Fadéla, Cheikha Rabéa, cheikha Nedjma, Warda, Kheira, Djenet et, pour la première fois, cheba Djihane du groupe Chihab de Sidi Bel Abbès.

La célèbre Cheikha Rimitti s’est éteinte, le 15 mai, d’une crise cardiaque à son domicile parisien. La mamie du raï semblait surfer jusque-là sur les décennies et se refusait à vieillir. Agée de 83 ans, elle était récemment revenue au devant de la scène, à la faveur d’un album et d’une tournée, pour le plus grand bonheur de ses fans nombreux sur les trois continents. Intitulé N’ta Goudami, ce dernier opus est sorti le 28 novembre.

Née Saadia Bedief à Tessala près de Sidi Bel Abbès, orpheline dès son plus jeune âge, amenée à danser puis à chanter pour gagner sa vie, elle partagera une vie sur les routes avec une troupe de musiciens rencontrée dans les années 40. Animant de sa voix rauque, à la façon de la chanson bédouine, les fêtes patronales de l’Ouest algérien, celle que l’on surnommera Rimitti, de l’expression "remettez-nous à boire !", réalise un premier enregistrement paru en 1952 chez Pathé Marconi. "Er-Raï Er-Raï" sera suivi deux ans plus tard de son fameux "Charag, gataa" (Déchire, lacère) qui disait déjà la fièvre des étreintes charnelles : "Il me broie, me bleuit / Il m’attise.... il m’abreuve / Je dis je pars et je passe la nuit / Malheur à moi qui ai pris de mauvaises habitudes...". Ses chansons sont alors diffusées à la radio.

Tantôt lascive, tantôt enjouée, les paumes toujours teintes au henné, accompagnée d’une flûte (gasba) et d’une percussion (guellal), l’ancienne paysanne analphabète instruite par la pauvreté chantera pendant un demi-siècle un raï hérité de l’art poétique des bédouins. Jusqu’à sa disparition, son répertoire de quelque deux cent chansons ne s’encombrera pas de métaphores pour célébrer l’amour et les plaisirs interdits. Figure très populaire de la chanson mais ignorée des scènes publiques de l’Algérie indépendante qui la trouvaient décidément trop sulfureuse, Cheikha Rimitti s’est établie en France à partir de 1978.

Longtemps cantonnée aux soirées des cafés maghrébins de Paris, Lyon et Marseille, c’est seulement en 1986 qu’elle apparaît au Festival de raï de Bobigny, puis à la Grande Halle de la Villette à Paris. Une programmation "hors les murs" exceptionnellement à l’initiative d’un établissement public algérien, l’Office Riadh el Feth, qui parraine en outre l’enregistrement à cette occasion d’un album de la Cheikha publié à 5.000 exemplaires. Elle se plaindra ensuite d’être également ignorée des programmateurs européens au bénéfice des chebs. Des chebs et chebbates qu’elle tancera maintes fois pour la piller sans retenue en enregistrant ses chansons.

Il lui faudra attendre le début des années 90 pour revenir sous les projecteurs, séduisant au passage les grandes scènes européennes. 1994 est l’année d’un premier concert à l’Institut du Monde Arabe à Paris. L’enregistrement public réalisé à cette occasion fera la matière de Aux sources du Raï dans lequel on retrouve en particulier "Charrag, gataa", "La Camel" et "Dabri". La même année paraît Sidi Mansour qui marque la mue "électrique" de Rimitti, un album produit à Paris et Los Angeles par Houari Talbi en présence de Robert Fripp, le célèbre guitariste de King Crimson, et de Flea le bassiste des Red Hot Chili Peppers. En l’an 2000, Nouar qui a été arrangé par le vétéran Mohamed Maghni obtient le Grand prix du Disque de l’Académie Charles Cros. C’est enfin l’époque de concerts sur les trois continents comme ce fut le cas en mars 2004, à Pordenone en Italie, à l’invitation de l’écrivaine Assia Djebar.

Cinq ans plus tard N’ta goudami consacre avec succès le virage électrique de la Cheikha. Elle était, le 13 mai au Zénith de Paris, à l’affiche du "Festival 100% Raï" aux côtés de Khaled, Zahouania et des jeunes recrues du répertoire. La Rimitti a tiré sa révérence au milieu d’une tournée.
Après une cérémonie au cimetière musulman de Bobigny dans la banlieue parisienne, le corps de la défunte a été rapatrié le 19 mai à Oran où il a été inhumé au cimetière de Ain el-Beida.
Certaines dates de sa tournée ont été maintenues et ont accueilli Cheikha Rabéa, Fadéla ou Zahouania.



Audio : Cheikha Rimitti > N’ta goudami


Audio : Cheikha Rimitti > Daouni


Audio : Cheikha Rimitti > Nouar


Audio : Cheikha Rimitti > Fatma Fatma


Audio : Cheikha Rimitti > El Ain el-kahla


- 19 mai 2013, Cheikha Rabia : "Hommage à Cheikha Rimitti", Montpellier / Domaine d’O / Festival Arabesques

- 19 janvier 2007, Cheikha Rabia : "Hommage à Cheikha Rimitti", Paris / Institut du Monde Arabe / "La Méditerranée des musiques"

- 2 septembre 2006, "Soirée - Hommage à Cheikha Rimitti", Cheb Oujdi • Redouane • Cheb Aziz, Tabarka / Festival de Raï
- 1er - 4 août 2006, Festival du raï : "Hommage à Cheikha Rimitti", Oran / Théâtre de Verdure | Aïn El Turck / Stade
- 11 juillet 2006, Cheikha Rabia & Cheab Fadela, Arles / Festival les Suds
- 16 juin 2006, Zahouania - "Hommage à Cheikha Rimitti", Saint Jean de la Ruelle / Festival Le Grand Unisson
- June 10, 2006, Zahouania : "A tribute to Cheikha Rimitti", Stockholm / Re :Orientfestivalen 2006



Cheikha Rimitti | الشيخة الريميتي

Discographie sélective :


- N’ta goudami
(Because Music / Wagram Music, 2005)
- Nouar
(Sonodisc / Musisoft, 2000)
(rééd., Because Music / Wagram Music, 2006)
- Sidi Mansour
(Absolute Records / Média 7, 1994)
(rééd., Because Music / Wagram Music, 2006)
- Aux sources du Raï
Enregistré en public à l’Institut du Monde Arabe à Paris
(IMA / Harmonia Mundi, 1994, 1999)



- Voir : Rai Story : From Cheikha Rimitti to Cheba Djenet (Hikâyat ar-Rai)
Un film de Madeleine Verschaffelt et Ahmed Rachedi
(Doc., 58 min., Alg/Egy/Fr, 2004)

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